Présentation de la stratégie d’innovation du ministère des Armées à Lorient (8 septembre 2020)

Ci-dessous le discours de Florence Parly, ministre des Armées, présentant la stratégie d’innovation du ministère des Armées à Lorient le 8 septembre 2020.

Seul le prononcé fait foi.

"Monsieur le préfet,

Mesdames et messieurs les élus,

Mesdames et messieurs les officiers généraux,

Monsieur le directeur de l’agence de l’innovation de défense,

Officiers, officiers-mariniers, quartiers-maîtres, matelots,

Mesdames et messieurs,

Samedi 5 septembre, deux de vos frères d’armes du 1er régiment de hussards parachutistes de Tarbes sont tombés pour la France. Deux soldats valeureux qui, jusqu’au bout, sont restés fidèles aux valeurs et au serment des hussards de Bercheny. Je serai demain à Tarbes pour leur rendre l’hommage de la Nation toute entière. Mais je souhaitais aujourd’hui, avec vous, leur rendre hommage avec vous.

Venir à votre rencontre au Fuscolab, c’est venir à la rencontre des éclaireurs de l’innovation. Car l’audace, l’agilité et l’esprit d’innovation sont au cœur de votre ADN. Que vous soyez commandos de nos forces spéciales ou fusiliers marins rompus aux techniques délicates d’intervention à la mer, cet ADN s’est forgé dans les combats de la Libération. Ces combats d’une poignée d’audacieux qui croyaient en la France au pire moment de son histoire et qui sont, pour vous, une mémoire vivante, une âme beaucoup plus qu’un souvenir, j’ai encore pu le constater aujourd’hui.

Obtenir les plus grands effets par les moyens les plus inventifs, les plus disruptifs. Surprendre. Frapper au moment le plus inattendu, et disparaître. C’est ainsi que se caractérise votre agilité sans cesse renouvelée.

Le nom des fusiliers marins et des commandos est entouré de mystère et de fascination. C’est un univers fermé par construction et par nécessité. Mais à l’abri des regards, dans le secret de vos opérations, vous développez de nombreuses innovations qui peuvent profiter à tous, tout comme vous identifiez de nombreux besoins qui peuvent être comblés.

Créer le laboratoire d’innovation des fusiliers marins et commandos de la marine – Fuscolab – il y a deux ans, c’était entrouvrir une porte vers la force des fusiliers marins et commandos, c’était tisser un lien direct entre les entreprises, le monde universitaire et les marins.

Vous l’avez créé pour capter, rendre possible et développer cette innovation directement au profit des opérations. Vous en avez fait le relais et la caisse de résonance des idées du terrain, en circuit court auprès des partenaires industriels locaux dont je salue la présence parmi nous aujourd’hui. Elle est le signe que leur dynamisme et leur inventivité répondent à ceux de nos marins. Et je suis fière de voir que les résultats sont là, secrets par nécessité mais tangibles, j’en donne ma parole à tous. Je viens d’en voir un tableau éloquent.

Venir ici pour parler d’innovation, tout près du Fuscolab, c’était choisir un lieu emblématique, où l’innovation foisonne depuis deux ans. Car je veux aujourd’hui souligner toute l’importance que j’accorde à l’innovation participative, l’innovation qui provient des femmes et des hommes du ministère des Armées, forts de leur expérience acquise en opérations ou au quotidien.

Depuis mon arrivée, j’ai souhaité une innovation de défense encore plus ouverte vers le monde civil, encore plus variée dans ses méthodes, alliant temps long et temps court. C’est à l’Agence de l’innovation de défense que j’ai confié cette mission il y a deux ans. Et elle porte cette ambition avec beaucoup de force et de panache.

2019 fut riche en nouveaux projets : plus d’une centaine ont été lancés avec la direction générale de l’armement pour intégrer les systèmes d’armes qui seront livrés aux forces demain. Certains projets de technologies de défense, ou études amonts, ont franchi des jalons importants.

Je pense notamment au projet « Turenne » destiné à préparer les moteurs des futurs Rafale ou du SCAF grâce à des études poussées sur les matériaux. D’autres projets ont été lancés en 2019 : c’est le cas d’un accord-cadre qui prépare la feuille de route du « futur combattant débarqué et connecté » (FELIN).

Je parlais à l’instant de la variété des méthodes et canaux d’innovation. En 2019, 32 projets ont été soutenus par l’Agence de l’innovation de défense, 218 projets de recherche ont été lancés, 69 projets RAPID ont été labellisés et 128 thèses de doctorat ont été financées.

Et bien plus que des chiffres, 2020 c’était aussi un soutien indéfectible à notre pays lors de la crise sanitaire grâce à l’appels à projets innovants pour lutter contre le COVID 19. Je suis d’ailleurs ravie d’avoir rencontré les experts en intelligence artificielle de la DGA sur le projet Décov, un outil qui a été déployé notamment par la région Grand Est.

2019, c’était enfin la confirmation de l’ambition portée par la loi de programmation militaire 2019-2025 d’augmenter de 25% les crédits consacrés à l’innovation pour atteindre 1 milliard d’euros en 2022. Car vous le savez, l’innovation, c’est un des piliers de cette loi de programmation militaire voulue par le Président de la République et dont nous sommes les garants.

1 milliard d’euros pour l’innovation, c’est un effort très conséquent, c’est un effort très nécessaire. Car un pays qui innove, c’est un pays qui, inlassablement, construit son autonomie stratégique. Être maître des capacités nouvelles qui émergent, c’est garantir la souveraineté nationale.

En 2020, l’innovation doit continuer de permettre de développer encore notre autonomie stratégique, avec un seul horizon : être prêts par nous-mêmes pour parer les menaces du futur. Cette ambition, elle se décline dans le document de référence et d’orientation de l’innovation de défense, le DrOID pour les intimes de Star Wars : ce document a été enrichi de l’expérience du précédent, c’est un document qui fixe les objectifs essentiels et les orientations du ministère des Armées en matière d’innovation, que j’ai donc le plaisir de vous présenter aujourd’hui.

En 2020, nous avons de nouvelles priorités. Nos efforts dans les domaines de l’énergie, l’intelligence artificielle, l’espace et la cyberdéfense demeurent évidemment essentiels pour garantir notre supériorité opérationnelle, mais ce n’est pas suffisant.

Nous devons poursuivre notre investissement dans les technologies de rupture : les planeurs hypersoniques capables de parcourir 100 kilomètres en une seule minute, les armes à énergie dirigée, ces armes qui sont capables de perturber, neutraliser voire détruire un équipement ciblé à distance sans projectile – vous conviendrez que dans un DrOID, c’était difficile d’échapper à un projet de sabre laser – ou encore les technologies quantiques.

Les technologies quantiques constituent une priorité dans le cadre de nos efforts de recherche. Et j’ai d’ailleurs le plaisir de vous annoncer que l’Agence de l’innovation de défense a signé hier un accord avec le CNRS qui initie un partenariat de recherche dans plusieurs domaines dont le quantique.

Innover, c’est un verbe qui devrait toujours se conjuguer au pluriel : c’est un gage de réussite. Et je suis donc très fière que le ministère s’ouvre aux institutions et aux entreprises qui peuvent tirer vers le haut tout notre écosystème innovant.

En 2020, nous avons poursuivi notre effort en faveur de l’innovation. Non seulement un effort financier, puisque nous consacrons 820 millions d’euros à l’innovation cette année, mais aussi un effort de méthode : en continuant à concilier le temps court et le temps long. Le temps long pour les innovations de défense, c’est celui des études-amont, ces études qui déterminent l’avenir de nos équipements avec 15, parfois 20 ans d’avance. Evidemment, sur ce laps de temps, le risque majeur est d’être rapidement dépassé par l’irruption d’une technologie de rupture. Ce que nous devons donc faire, c’est parvenir à capter et injecter l’innovation dans des cycles beaucoup plus courts pour nos programmes d’armement.

C’est ce que nous ferons pour le SCAF, le système de combat aérien du futur, qui devrait être opérationnel à horizon 2040. Car les enjeux en matière de R&T sont colossaux que ce soit pour la motorisation des avions, la haute furtivité ou encore l’interconnexion des essaims de drones par un cloud de combat. Des études de concept et d’architectures ainsi qu’une première phase de ces travaux de R&T ont été notifiés pour plus de 200 millions d’euros en 2019 et 2020. D’autres étapes sont à venir sur ce projet phare de coopération européenne en matière de défense.

Imaginer au-delà : c’est ainsi que le document d’orientation de l’innovation de défense avait été introduit l’année dernière.

En matière d’imagination, je sais que nous pourrons aussi compter sur la Red Team, pilotée par l’Agence de l’innovation de Défense avec l’EMA, la DGA et la DGRIS. Se projeter sur la période d’une LPM est déjà un défi en soi. Et bien les auteurs de science-fiction qui composeront la Red Team devront, eux, voir bien au-delà de plusieurs lois de programmation militaires et imaginer les menaces de 2030, 2050 et même 2060.

La Red Team, c’est peut-être le symbole de l’ouverture du ministère des Armées en matière d’innovation. C’est renverser la table. Accepter de changer de perspective et de voir bouleverser ses convictions. C’est une nouveauté dans l’exercice prospectif, si cher à nos armées. Mais l’objectif est inchangé : orienter les efforts d’innovation du ministère en imaginant des solutions permettant de garantir la supériorité opérationnelle des armées.

Je vous invite donc à découvrir ces premiers scénarios dès cette année, lors du Forum d’innovation Défense, du 19 au 21 novembre qui se tiendra à la Défense et qui sera aussi le premier grand rendez-vous de la Red Team.

Enfin, je souhaiterais vivement saluer les entreprises bretonnes et partenaires du ministère des Armées qui nous font l’honneur d’être présentes aujourd’hui. Vous êtes des alliés essentiels de notre innovation de défense. Les liens que nous entretenons sont précieux, et je pense que c’est particulièrement dans les moments difficiles que l’on doit pouvoir compter dessus.

Face à la crise économique qui frappe notre pays et qui éprouve particulièrement les petites et moyennes entreprises, le ministère des Armées a la volonté de contribuer activement à la relance.

Je l’avais annoncé en janvier 2020 sans en préciser la date de création ni le montant, je veux parler du fonds d’investissement « Definnov » : il verra le jour d’ici la fin de l’année, en coopération avec BpiFrance. Doté de 200 millions d’euros, il sera dédié au développement de technologies duales et transversales, par le financement en fonds propres d’entreprises innovantes. Les investissements seront réalisés de manière privilégiée dans des entreprises en phase de croissance, en associant les maitres d’œuvre de la BITD à chaque fois que cela est possible. L’opportunité de procéder à un investissement dans le cadre de Definnov reposera notamment sur la capacité à intégrer une technologie dans un système de défense.

Vous l’aurez compris : via Definnov, le ministère des Armées cherche à soutenir quelques sociétés bien choisies qui porteront des technologies potentiellement stratégiques pour l’avenir de la défense nationale.

Mesdames et Messieurs,

Avoir toujours un temps d’avance, c’est une question de survie, et nos forces spéciales de la marine ici le savent bien. Et je suis fière de constater aujourd’hui que l’innovation de défense grandit, bouillonne et que vous êtes toutes et tous déterminés à la mettre au service de la France.

Car j’en suis convaincue, une armée qui innove, c’est une armée qui ne dépose jamais les armes. C’est une armée qui embrasse l’audace, le courage et l’agilité. Pour ne jamais être dépassé par l’ennemi. Pour que nos armées soient plus fortes. Et pour toujours, protéger les Français.

Vive la République ! Vive la France !"

Dernière modification : 24/09/2020

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