Conférence de Londres sur l’Afghanistan - Intervention de la France

Monsieur le Président,
Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le secrétaire général des Nations
unies,
Mesdames et messieurs les ministres,
Le 19 décembre dernier, le Parlement
afghan se réunissait pour la première fois
depuis plus de trente ans. Le processus de
transition politique engagé à Bonn le 5
décembre 2001 s’achevait. Que de chemin
parcouru en peu de temps.
Le processus de Bonn a permis des
avancées significatives sur tous les fronts. Le
pays n’est plus en guerre. Des institutions élues
démocratiquement ont été mises en place. Plus
de 2 millions de réfugiés sont rentrés participer
à la reconstruction de leur pays. La croissance
de l’économie afghane a été soutenue, grâce
aux bons résultats du secteur agricole.
La France identifie quatre facteurs clés
expliquant cette transition réussie et maîtrisée
en si peu de temps :
- l’engagement des Afghans et des Afghanes en
faveur de la paix, de la démocratie et de l’unité
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nationale. Peu de peuples se seraient relevés
après de telles agressions contre leur
indépendance, leurs ressources, leur culture.
Les Afghans ont réussi car ils ont fait appel à
leurs traditions politiques, comme la Loya Jirga,
et ont soutenu sans ambiguïté la
démocratisation de leur pays. La France tient à
saluer leur courage et leur détermination, et,
tout particulièrement, le rôle historique du
Président Karzai dans ce processus.
- l’appui constant et unanime de la communauté
internationale derrière les Nations unies. Le
travail de coordination accompli sur le terrain,
dans des conditions difficiles, par la Mission
d’assistance des Nations Unies en Afghanistan
(M.A.N.U.A.) et les représentants spéciaux du
Secrétaire général, a été exemplaire. Alors qu’il
s’apprête à quitter ses fonctions, je tiens à
remercier chaleureusement M.Jean Arnault pour
sa mission à Kaboul qu’il a conduit avec
autorité, modestie et efficacité.
- l’action de stabilisation menée par la Force
internationale d’assistance à la sécurité
(F.I.A.S.), sous le commandement de l’OTAN
depuis août 2003 : la F.I.A.S. a joué un rôle de
premier plan dans le rétablissement de la
sécurité dans de nombreuses parties du pays.
Elle a également apporté un soutien actif au
rétablissement de l’autorité de l’Etat en province
et au renforcement des forces nationales
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afghanes de sécurité, en particulier l’Armée
Nationale Afghane, garante de l’unité du pays.
- la coopération des pays voisins de
l’Afghanistan. Celle-ci a créé un climat de
confiance et d’ouverture bénéfiques à tous les
pays de la région. Il est fondamental que cette
coopération se poursuive et se renforce . Elle
est la clé de la stabilité de l’Afghanistan sur le
long terme tant pour son développement
économique que sur le plan sécuritaire. Elle
favorisera la poursuite du retour volontaire des
réfugiés vers l’Afghanistan ; elle stimulera la
relance des échanges et des projets régionaux.
Je pense notamment aux transports et à
l’énergie. La conférence de Kaboul de décembre
sur la coopération économique régionale a
permis d’identifier les orientations à privilégier à
cette fin.
Des progrès considérables ont donc été
accomplis. Pour autant, la stabilisation
définitive du pays n’est pas acquise. Elle est
pourtant essentielle à la stabilité régionale et
internationale. La large participation de la
communauté internationale à cette conférence
et le niveau des délégations en témoignent.
Sur notre chemin se dressent deux
fléaux :
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- le plus préoccupant est, de loin, la persistance
de l’insécurité. C’est là sans doute l’un des
principaux défis lancé aux autorités afghanes
dans la phase qui s’ouvre. La violence continue
de peser sur la vie des citoyens, sur la
reconstruction de l’Etat, sur le développement
économique. Elle est le fait de groupes
criminels, de bandes armées illégales, mais
également et surtout de terroristes non encore
repentis, afghans et étrangers. Dans ces
conditions, notre engagement militaire au
service de la sécurité de l’Afghanistan ne doit
pas se relâcher. La multiplication des attaques
contre les forces internationales et l’armée
nationale en Afghanistan n’entame en rien notre
détermination. L’extension prochaine de la
F.I.A.S au sud de l’Afghanistan, et
ultérieurement dans l’est, est la meilleure
preuve de cet engagement concret.
- La drogue est l’autre menace qui pèse sur
l’Afghanistan et, au-delà, la stabilité de
nombreux pays. Elle hypothèque lourdement
l’avenir de l’Afghanistan. Elle sape l’autorité de
l’Etat afghan, aggrave la situation sécuritaire et,
en définitive, réduit à néant tous nos efforts
conjugués pour reconstruire le pays. La France,
et ses partenaires de l’Union européenne,
peuvent d’autant moins se désintéresser de
cette question que l’Europe est la première
destination de la drogue afghane. Grâce à
l’engagement des autorités afghanes et aux
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efforts de la communauté internationale
coordonnés par le Royaume-Uni dont je salue le
travail, l’emprise de l’économie de la drogue a
commencé à se desserrer en 2005. Il faut
poursuivre nos efforts.
Notre soutien aux autorités afghanes ne
doit pas se relâcher dans la phase que nous
entamons. L’occasion nous est aujourd’hui
donnée de réaffirmer solennellement notre
engagement à leurs côtés pour parvenir à
consolider un Afghanistan viable, stable,
prospère et bien inséré dans son environnement
régional et international. Cet engagement devra
toutefois prendre des formes nouvelles.
Nous devons nous préoccuper d’une plus
grande efficacité de notre action. La redéfinition
des priorités et l’amélioration des méthodes de
travail sont à ce stade aussi essentielles que
l’annonce de nouveaux engagements :
- Plus efficace, l’aide internationale le sera si les
donateurs s’efforcent de mieux coordonner les
nombreux projets en cours. En prévoyant de
créer un groupe de coordination de l’aide
internationale à Kaboul sous l’autorité du
gouvernement afghan et des Nations Unies,
l’annexe 3 de la déclaration sur l’Afghanistan
répond à cette préoccupation.
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- Plus adaptée aux besoins des Afghans, l’aide le
sera si le gouvernement afghan en assure une
gestion transparente dans le cadre de la
stratégie intérimaire nationale afghane de
développement du 21 janvier 2006. Celle-ci
rappelle que les Afghans sont désormais en
première ligne pour la reconstruction. La
communauté internationale a cinq ans, le temps
d’une législature afghane, pour confirmer la
réussite du processus de Bonn et en faire
bénéficier l’ensemble des régions afghanes. Elle
le doit aux Afghans, dont les besoins sont
énormes et les attentes légitimes. Elle le doit
aux citoyens des pays donateurs, solidaires de
longue date avec le peuple afghan, à travers
notamment les O.N.G qui oeuvrent sans relâche
sur le terrain.
Il ne fait pas de doute que notre
engagement à tous s’inscrit dans le long terme.
La conférence de Berlin sur la reconstruction de
l’Afghanistan (avril 2004) avait été l’occasion
d’engagements s’étalant jusqu’en 2008. Ces
engagements ont été jusqu’à présent tenus.
L’Union européenne, ses Etats membres et la
Commission européenne, y ont pris une part
décisive, assurant la deuxième source de
financement de l’aide internationale à
l’Afghanistan.
* * *
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La France a soutenu pleinement le
processus de transition politique. Au moment
crucial de l’élection présidentielle, elle a assuré
le commandement de la F.I.A.S.. Sur proposition
du gouvernement afghan, nous avons accepté
de coordonner les efforts pour la mise en place
du Parlement afghan, et notamment d’assurer la
formation de son administration, avec l’aide de
nos partenaires européens et du P.N.U.D..
Je le réaffirme aujourd’hui : la France
reste engagée en Afghanistan, aux côtés des
Afghans et de la communauté internationale :
- pour contribuer à sa sécurisation : La
consolidation de la sécurité est la clé d’une
stabilité durable. Depuis le début de son
engagement en Afghanistan, la France a tenu à
assumer pleinement ses responsabilités au sein
de la F.I.A.S.. Nous maintiendrons cet
engagement décisif pour l’avenir du pays et la
poursuite des autres efforts de la communauté
internationale. En 2006, nous prendrons des
responsabilités nouvelles avec le
commandement de la province de Kaboul à
compter de l’été 2006, pour une durée de 8
mois. Le contingent français de Kaboul passera
de 600 à près 1000 soldats. Nous poursuivrons
notre effort de formation des officiers de l’armée
nationale afghane afin que celle-ci soit en
mesure d’assurer progressivement elle-même la
sécurité du pays.
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- pour participer à la reconstruction du pays.
Sur les années 2004-2005, notre aide s’est
élevée à 40 millions d’euros. Les secteurs
privilégiés ont été le développement agricole, la
relance du secteur privé, la santé publique et
l’éducation. Sur la méthode, nous avons eu pour
souci constant le renforcement des capacités de
l’Etat et des institutions afghanes. Là encore, il
nous paraît essentiel que les Afghans
s’approprient de façon effective la
reconstruction de leur pays.
- Pour 2006, nous avons décidé d’accroître notre
effort bilatéral hors coopération militaire. 12,7
M.€ seront décaissés pour poursuivre des
programmes en cours dans les domaines de la
santé, de l’éducation, de l’agriculture. A cela
s’ajoutent des nouveaux projets pour un
engagement total de 33 M.€ dont 18 M.€ de
dons et 15 M.€ de prêts. Ils seront mis en œuvre
par l’Agence Française pour le Développement à
partir de cette année. Nos objectifs sont
notamment de contribuer à la restructuration du
milieu économique rural où vivent 80 pour cent
de la population afghane et de dynamiser le
secteur privé, priorité des autorités afghanes et
un des leviers de la croissance
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En matière d’Etat de droit, les assemblées
parlementaires françaises ont exprimé le
souhait de poursuivre, avec le soutien du
gouvernement français, leur coopération avec le
Parlement afghan.
- Je l’ai dit, notre relation avec l’Afghanistan
s’inscrit depuis le début dans une dimension
européenne. L’Union européenne a apporté aux
Afghans une aide humanitaire et une aide à la
reconstruction cruciales. Son appui a été
essentiel à la mise en place du Parlement
afghan. Elle a favorisé l’établissement d’un
dialogue politique de haut niveau. Son
représentant spécial, M.Francesc Vendrell, a fait
à cet égard un travail remarquable. En 2004,
lorsque la France a assuré pour 6 mois le
commandement de la F.I.A.S., c’est
naturellement au Corps européen qu’elle a
recouru. Enfin, après Bonn et Berlin, c’est en
Europe qu’une fois encore un accord majeur
pour l’Afghanistan est conclu, ici, à Londres.
La France remercie chaleureusement le
Royaume-Uni d’accueillir cette conférence. Elle
apporte son plein appui aux objectifs fixés et
aux principes proclamés dans le contrat pour
l’Afghanistan et ses annexes. Comme tous les
pays et organisations internationales
représentés ici, la France croit en un avenir
meilleur pour les Afghans. Tel est le sens de
notre présence ici./.

Dernière modification : 17/01/2008

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