Conférence des Ambassadeurs : allocution de M. Nicolas Sarkozy

Allocution de M. Nicolas SARKOZY,
Président de la République,
à l’occasion de la conférence des Ambassadeurs.

Palais de l’Élysée, Paris, le 27 août 2007

(extraits)

(...) Face à des crises internationales telles que celle de l’Irak, il est aujourd’hui établi que le recours unilatéral à la force conduit à l’échec ; mais les institutions multilatérales, qu’elles soient universelles, comme l’ONU, ou régionales, comme l’OTAN, peinent à convaincre de leur efficacité, du Darfour à l’Afghanistan.

(...) Je suis de ceux qui pensent que l’amitié entre les Etats-Unis et la France est aussi importante aujourd’hui qu’elle l’a été au cours des deux siècles passés. Alliés ne veut pas dire alignés et je me sens parfaitement libre d’exprimer nos accords comme nos désaccords, sans complaisance ni tabou, justement parce que j’assume sans complexe le fait que la France soit un ami et un allié des Etats-Unis.

(...) La construction de l’Europe restera la priorité absolue de notre politique étrangère. Sans Union européenne forte et active, la France ne pourrait apporter de réponse efficace aux trois défis de notre temps. Sans Europe assumant son rôle de puissance, le monde serait privé d’un pôle d’équilibre nécessaire.

(...) Je souhaite aujourd’hui mettre l’accent sur le dossier de l’Europe de la Défense. Bientôt dix ans après l’accord de Saint-Malo, le moment est venu de lui donner un nouvel élan.

Ce qui a été accompli ces dernières années est loin d’être négligeable puisque l’Union a conduit une quinzaine d’opérations sur notre continent, en Afrique, au Proche-Orient, en Asie. Ces interventions démontrent, s’il en était besoin, qu’il n’y a pas compétition, mais bien complémentarité, entre l’OTAN et l’Union. Face à la multiplication des crises, il n’y a pas trop plein, mais bien déficit de capacités en Europe.

Je souhaite que les Européens assument pleinement leur responsabilité et leur rôle au service de leur sécurité et de celle du monde. Pour cela, nous avons besoin en priorité de renforcer nos capacités de planification et de conduite des opérations ; de développer l’Europe de l’armement avec de nouveaux programmes et de rationnaliser ceux qui existent ; d’assurer l’interopérabilité de nos forces ; et que chacun en Europe prenne sa part de la sécurité commune. Mais au delà des instruments, nous avons aussi besoin d’une vision commune des menaces qui pèsent sur nous et des moyens d’y répondre : il nous faut élaborer ensemble une nouvelle "stratégie européenne de sécurité", prolongeant celle adoptée en 2003 sous l’égide de Javier Solana. Nous pourrions approuver ce nouveau texte sous présidence française en 2008. Notre Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, dont j’ai demandé l’élaboration dans les prochains mois, sera la contribution de la France à ce travail nécessaire.

Dans cette démarche européenne, la France et l’Allemagne ont mis en place les fondations : la brigade franco-allemande, puis le Corps européen. A Saint-Malo, la France et le Royaume-Uni ont poursuivi cette construction, comme il est naturel puisqu’ensemble, nos deux budgets de défense représentent les deux tiers du total de ceux des 25 autres pays de l’Union, et nos budgets de recherche de défense, le double. Mais l’Italie, l’Espagne, la Pologne, les Pays-Bas, et tous nos autres partenaires ont vocation à participer à cet effort commun qui nous permettra de valoriser au mieux nos atouts : l’Union dispose de toute la palette des instruments d’intervention dans les crises : militaires, humanitaires, financiers. Elle doit s’affirmer progressivement comme un acteur de premier rang de la paix et de la sécurité dans le monde, en coopération avec les Nations-Unies, l’Alliance atlantique, l’Union africaine. Elle devrait aussi avoir la volonté de lancer une véritable politique de coopération et d’assistance en matière de sécurité avec les pays tiers, notamment en Afrique.

Permettez-moi ici d’évoquer un sujet qui a longtemps été un tabou. Ces progrès décisifs de l’Europe de la défense que j’appelle de mes voeux ne s’inscrivent absolument pas dans une compétition avec l’Otan. Cette Alliance atlantique, faut-il le rappeler, c’est la nôtre : nous l’avons fondée, nous en sommes aujourd’hui un des principaux contributeurs. Sur 26 membres, 21 sont aussi membres de l’Union. Opposer l’Union à l’Otan n’a aucun sens parce que nous avons besoin des deux. Mieux : je suis convaincu qu’il est dans l’intérêt bien compris des Etats-Unis que l’Union européenne rassemble ses forces, rationalise ses capacités, bref organise sa défense de façon indépendante. Nous devons progresser avec pragmatisme, et en même temps avec ambition, sans a priori idéologique, avec pour unique obsession notre sécurité. Les deux mouvements sont complémentaires. Je souhaite que dans les prochains mois nous avancions de front vers le renforcement de l’Europe de la défense et vers la rénovation de l’Otan et donc de sa relation avec la France. Les deux vont ensemble. Une Europe de la défense indépendante et une organisation atlantique où nous prendrions toute notre place.

C’est du reste ce qui se passe déjà sur le terrain : en Afghanistan, sous mandat de l’ONU, la force de l’OTAN était naguère dirigée par le Corps européen de l’Union, sous les ordres d’un général français. Le Kosovo offre une autre illustration de cette complémentarité puisque l’Union et l’OTAN, sous mandat de l’ONU, y coopèrent étroitement. Cette coopération revêtira une importance cruciale au cours des prochains mois. A l’initiative de la France, le Groupe de Contact poursuit ses efforts pour renouer le dialogue entre Serbes et Kosovars. Nous soutenons le principe d’une indépendance supervisée par la communauté internationale, garante des droits des minorités et accompagnée par l’Union européenne. La France soutiendra toute solution acceptée par les deux parties. Je souhaite aujourd’hui lancer un triple appel : aux Serbes et aux Kosovars pour qu’ils fassent preuve de réalisme et se prêtent de bonne foi à cet effort ultime pour parvenir à une solution mutuellement acceptée ; aux Russes et aux Américains, pour qu’ils comprennent que ce dossier très difficile est d’abord un dossier européen ; et aux Européens, qui doivent afficher leur unité puisque ce sont les pays de l’Union qui devront assumer l’essentiel des responsabilités et des coûts et que c’est dans l’Union que se situe l’avenir à long terme de l’espace balkanique.

(...) Notre devoir, celui de l’Alliance atlantique, est aussi d’accentuer nos efforts en Afghanistan. Avec Bernard Kouchner et le Premier ministre, nous avons décidé de renforcer la présence de nos formateurs au sein de l’armée afghane car c’est elle qui doit, au premier chef, livrer et gagner le combat contre les Talibans. J’ai décidé d’accentuer notre action d’aide à la reconstruction, car il n’y aura pas de succès durable si le peuple afghan ne recueille pas les fruits tangibles d’un retour de la sécurité et de la paix. Il n’y aura pas non plus de succès dans la lutte contre la drogue. Le moment est sans doute venu de nommer, sous l’autorité du Président Karzaï, une personnalité de premier plan capable d’assurer une meilleure coordination entre actions militaires et initiatives civiles.

Mais nos actions en Afghanistan seraient vaines si, de l’autre côté de la frontière, le Pakistan demeurait le refuge des Talibans et d’Al Qaeda, avant d’en devenir, peut-être, la victime. Je suis convaincu qu’une politique plus déterminée de la part de toutes les autorités pakistanaises est possible et qu’elle est dans leur intérêt à long terme. Nous sommes prêts à les y aider.

(...)

Seul le prononcé fait foi.

Dernière modification : 25/01/2008

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