Déplacement aux Etats-Unis d’Amérique conférence de presse du ministre de le Défense, Mme Michèle ALLIOT-MARIE

(Washington, 19 octobre 2006)

- extraits -

Pour ceux qui ne m’ont pas suivie au cours de ce déplacement, je vais rappeler rapidement que ce voyage aux Etats-Unis entre dans les habitudes que j’ai de faire un voyage par an dans ce pays pour rencontrer notamment mes homologues, pour rencontrer également des personnalités d’un certain nombre de think tanks ou pour rencontrer des grands éditorialistes.
Ce voyage a donc commencé hier 18 octobre par une rencontre avec le conseiller pour la sécurité du Président, Stephen Hadley. Il s’est poursuivi ce matin par ma participation aux cérémonies commémoratives de Yorktown, ce qui a été l’occasion à la fois de déposer une gerbe à la mémoire des soldats français qui avaient perdu la vie dans cette bataille. J’ai ensuite eu l’occasion de prendre la parole devant un public américain au cours des cérémonies de Yorktown. Cet après-midi, je rencontrais donc Donald Rumsfeld. (…) C’est donc un voyage bien rempli et qui a été pour moi l’occasion de faire avec chacun de mes interlocuteurs un tour d’horizon très vaste de la situation internationale, plus précisément axé sur des pays dans lesquels la France intervient dans le cadre d’opérations de maintien de la paix. C’est ainsi qu’hier avec Stephen Hadley, nous avons évoqué très longuement la situation au Liban, nous avons également un peu parlé de l’Afghanistan et nous avons aussi évoqué le prochain sommet de l’OTAN qui se tiendra à Riga. Avec Donald Rumsfeld aujourd’hui, nous avons fait un tour d’horizon encore plus vaste ; nous avons abordé sous des angles d’intérêt commun très concrets à la fois le Liban bien entendu, l’Afghanistan, le Kosovo, le Darfour, l’Afrique du Nord et également le prochain sommet de Riga.

Q - Quelle a été la tonalité de votre entretien avec M. Rumsfeld ? Puisqu’il vous a raccompagnée, cela avait-il l’air assez détendu ?

R - Oui, vous le savez, nous avons avec Donald Rumsfeld des relations très franches. Cela nous permet d’avoir de bonnes relations quelles que soient les circonstances parce qu’elles reposent sur la confiance dans ce que dit l’autre ; alors cela n’empêche pas nos divergences de vues bien entendu, cela ne nous empêche pas de les exprimer fermement, que ce soit dans le cadre des réunions de l’OTAN ou que ce soit dans nos face-à-face, mais cela permet aussi d’avoir une vraie coopération dans un certain nombre de dossiers et de bien faire la part de tout ce que nous avons en commun, notamment à travers les exercices en commun de nos militaires, et d’autre part, des sujets qui peuvent être des sujets de divergence.

Q - Est-ce que vous avez l’impression que Donald Rumsfeld perçoit la France différemment par rapport à quelques années, par rapport à 2003 ? Sur ce qui se passe en Irak, par rapport aux déboires, a-t-il l’impression qu’il aurait dû écouter davantage la voix de la France ?

R - Je pense que Donald Rumsfeld perçoit la France différemment parce qu’aujourd’hui, à ses yeux, la France compte dans le domaine de la défense. Ceci traduit très nettement le redressement de la défense française grâce à la mise en oeuvre stricte de la loi de programmation militaire. Il m’a interrogée très longuement justement sur les progrès qui ont été faits depuis quatre ans : où nous en étions, à quel pourcentage par exemple du crédit du PNB nous étions en 2002, à combien nous étions maintenant, mais surtout parce que c’est un homme très pragmatique. Il constate également que désormais nous sommes capables avec une armée professionnelle, bien entraînée et bien équipée, de tenir toute notre place sur différents théâtres d’opérations, par exemple le Liban où l’action de la France est unanimement saluée ; elle l’a été hier par Stephen Hadley, elle l’a été de nouveau aujourd’hui par Donald Rumsfeld. Mais c’est également ce que nous faisons en Afrique par exemple, en Afghanistan ou dans les Balkans. Quant à savoir si certaines mises en garde que j’avais eu l’occasion de dénoncer la première fois où je suis venue, c’est-à-dire en octobre 2002, sur les risques de dérapage, à savoir si aujourd’hui il les prend réellement en compte, je crois qu’il est conscient des difficultés que rencontrent les Etats-Unis en Irak. Voir s’il va jusqu’à se dire que nous avions raison, c’est un autre problème.

Q - Quand on voit la comparaison qui est faite avec le Vietnam, quelle est leur perception de la situation en Irak ?

R - Nous parlons très peu de l’Irak dans la mesure où la France n’est pas en Irak. Et lorsque nous l’abordons, et cette fois-ci cela n’a pas été le cas, c’est plutôt dans une perspective d’avenir plutôt que de revenir sur le passé et sur les erreurs qui auraient été commises.

Q - Sur la Corée du Nord (…)

Q - Concernant l’Afghanistan, vous avez évoqué l’éventualité d’un retrait notamment des forces spéciales françaises, quelle a été sa réaction, sa réponse ?

R - Nous avons abordé beaucoup plus généralement le problème de l’Afghanistan et je veux dire que j’ai trouvé cette fois une certaine convergence de vues. A la fois, comme j’ai eu l’occasion de vous le dire en sortant de l’entretien, c’est vrai que l’installation de l’OTAN dans l’ensemble de l’Afghanistan, la régionalisation en quelque sorte de la FIAS en Afghanistan, change la donne. Mais j’ai eu le sentiment qu’il faisait la même analyse que moi, du risque qu’il y avait d’un certain rejet dans la durée par la population afghane d’une présence étrangère qui serait constante alors même que la situation ne s’améliorait pas sensiblement. Et nous nous sommes donc retrouvés avec Donald Rumsfeld sur l’idée de dire qu’il fallait renforcer l’armée afghane et lui donner les moyens à la fois en hommes mais également en moyens matériels, en capacité et également en entraînement et en spécialisation, de pouvoir se substituer à la force internationale et de pouvoir tenir l’ensemble du territoire pour assurer l’implantation en quelque sorte de tout le système institutionnel à faire.

Q - Et sur les forces spéciales françaises ? Sont-ils satisfaits du travail réalisé par les forces spéciales françaises ?

R - Oui, les forces spéciales françaises sont là depuis 2003. Elles ont fait un travail remarquable dans des zones où il n’y avait alors pas l’OTAN. Or l’OTAN est là-bas aujourd’hui. Nous avons donc évoqué les changements que cela pourrait entraîner, puisqu’il est normal que nous en parlions avec chacun de nos alliés et principalement avec ceux qui ont aussi des forces spéciales.

Q - Les forces spéciales ne sont pas là pour l’Afghanistan, elles sont là pour Ben Laden, non ?

R - Les forces spéciales sont là pour répondre à un besoin sécuritaire particulier, c’est- à-dire notamment à un besoin de lutte contre un certain nombre d’actions terroristes. Mais j’ai toujours dit qu’il fallait faire une distinction très nette entre ce qui était fait par les forces spéciales dans ce domaine et, d’autre part, l’action de stabilisation qui était celle de la FIAS. Dès lors, il fallait éviter, dans l’intérêt de la FIAS mais également pour une meilleure visibilité de l’ensemble de la population afghane, d’avoir une confusion entre les deux.

Q - Vous êtes coincés justement là ?

R - Actuellement, nous sommes dans une position transitoire puisque l’OTAN est en train de s’étendre sur l’ensemble du territoire avec un certain nombre de difficultés d’ailleurs, nous le voyons dans le Sud et notamment dans la région de Kandahar, ou dans l’Est. Aujourd’hui, néanmoins l’OTAN s’installe. Il est évident que ce n’est pas le moment de relâcher une pression quelconque parce que ce sont des moments de plus grande fragilité. C’est d’ailleurs ce que nous avons constaté depuis un certain temps. Mais le problème sera différent à l’avenir, car il est évident qu’une situation n’est jamais totalement figée.

Q - Il y avait peut-être aussi un autre rôle pour ces forces spéciales, celui de maintenir une relation franco-américaine qui était mise à mal à cause de la situation en Irak. Est-ce que ce n’est plus nécessaire et qu’en quelque sorte il n’y a plus de problème ?

R - Je crois qu’il faut bien distinguer les deux choses. Vous ne pouvez pas limiter ou ramener le rôle des forces spéciales à simplement une question de bonnes relations. S’il est évident, je leur ai souvent dit, que nos forces spéciales ont joué un rôle en la matière, il est vrai aussi qu’elles ont fait un formidable travail, qu’elles font d’ailleurs toujours un formidable travail consistant effectivement à prendre tous les risques pour aller dans un certain nombre d’endroits et pour pouvoir mener des actions contre des groupes terroristes. Je crois malheureusement qu’elles en ont suffisamment payé le prix pour que l’on ne puisse pas dire que c’était simplement une opération de communication et de diplomatie.

Q - Sur le Liban (…)./.

Dernière modification : 23/01/2008

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