Discours de Mme Alliot-Marie en République Populaire de Chine (19.03.07)

(Pékin, 19 mars 2007)

(…) Je sais que l’on a regardé ici avec surprise le "non" de deux pays lors du référendum sur les nouvelles institutions européennes. Cela tenait pour beaucoup à la grande complexité du texte qui a été soumis aux peuples. Plusieurs pays, dont la France, sont en train de revoir la situation pour résoudre le problème. Ce blocage n’a pas été le signe d’un blocage de l’Europe. La défense est un domaine qui prouve que l’Europe a continué d’avancer. La preuve, ce sont toutes les opérations menées depuis 2003 et que nous continuons de mener.

(…) Il ne s’agit pas d’actions ponctuelles car l’Europe a renforcé son champ d’action, en complémentarité avec l’action de l’OTAN.

En matière de sécurité et de défense, les moyens européens et américains se complètent et se renforcent mutuellement. OTAN et Union européenne disposent chacune d’atouts spécifiques, de liens particuliers avec certains acteurs régionaux, de méthodes de gestion de crises propres et différentes. L’OTAN a des moyens de gestion militaires sur le long terme.
En fonction des situations, les Européens peuvent, grâce à cette diversité choisir d’agir dans le cadre de l’Alliance, comme en Afghanistan où la France détient actuellement le commandement de la région de Kaboul de la Force Internationale d’Assistance et de Stabilisation. Ils choisissent parfois d’agir seuls avec les moyens de l’OTAN comme en Bosnie, ou encore de façon autonome comme au Congo à l’été 2003 ou d’août à décembre 2006.
Ceci est rendu possible parce que les Européens disposent des moyens d’agir. Depuis janvier, nous Européens disposons de capacités de réaction rapide autonomes à travers les groupements tactiques qui peuvent déployer jusqu’à 1.500 hommes en moins de deux semaines sur un théâtre d’opération.

Un centre de commandement commun verra bientôt le jour à l’échelle européenne.
Par ailleurs, cinq pays ont lancé une gendarmerie européenne, police ayant un statut militaire.
Enfin, nous avons créé une Agence européenne de défense qui regroupe les 27 pays de l’Union européenne. Elle vise à harmoniser le lancement de nouveaux programmes d’armement paneuropéens comme l’avion de transport Airbus A400M, l’hélicoptère de transport NH90, l’hélicoptère de combat Tigre, le missile Météor, les démonstrateurs de drone UCAV ou encore les satellites Hélios et Syracuse.

Ainsi, l’Europe s’est dotée des capacités de pouvoir se défendre mais aussi d’intervenir pour mettre fin à des crises ou participer à des opérations de stabilisation avec l’OTAN ou seule.

(…) Ces outils de l’Europe de la Défense ne remplacent pas l’action de chaque Etat membre. Ils sont des pierres apportées à la construction d’une architecture de sécurité commune. Ils sont complémentaires de la structure de l’OTAN. Les Européens ne veulent ni être inféodés, ni être en concurrence avec les Américains. Ils veulent travailler de manière complémentaire avec eux pour la paix et la stabilité.

L’Europe de la Défense et l’OTAN ont chacune des spécificités propres. Ce sont des liens particuliers avec certaines régions, des savoir-faire spécifiques, des méthodes de gestion de crise différentes. Les enjeux de sécurité actuels dans le monde justifient que nous ayons une coopération approfondie. C’est ce qui se passe dans les Balkans, par exemple au Kosovo où il y a une opération de l’OTAN car la situation est très volatile et qu’elle peut engendrer des problèmes. Dans un pays voisin, la Bosnie, c’est l’Union européenne qui assure la stabilisation : depuis deux ans, l’OTAN est partie et ce sont les Européens qui assurent la sécurité.
Aujourd’hui, nous voyons que l’Europe de la Défense est une réalité, sans concurrence avec d’autres institutions. Sans complexe non plus (…)./.

Dernière modification : 24/01/2008

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