Entretien de M. Nicolas Sarkozy, avec la revue " Politique Internationale " (mai 2007)

(EXTRAITS)

(Paris, mai 2007)

(...)

Q - A part l’Union européenne, quels doivent être nos objectifs de long terme en matière internationale ?

R - Le premier d’entre eux, c’est d’assurer la sécurité et l’indépendance de la France et des Français, mais aussi de nos amis et de nos alliés. Parce que nos intérêts sont globaux, notre responsabilité est mondiale. Nos intérêts de sécurité ne sont plus séparables de ceux de l’Europe et de nos partenaires qui partagent notre destin et nos valeurs. Face aux nouvelles menaces, comme le terrorisme, la prolifération nucléaire et les désordres d’ordre écologique, la coopération est la clef du succès. Notre deuxième grand objectif doit être de promouvoir sur la scène internationale les valeurs universelles de liberté et de respect des Droits de l’Homme et de la dignité humaine, car la France n’est vraiment elle-même que lorsqu’elle incarne la liberté contre l’oppression et la raison contre le chaos. Enfin, le troisième grand objectif de notre politique étrangère est de promouvoir nos intérêts économiques et commerciaux, pour rendre la France plus forte dans la mondialisation.

Q - Concernant la sécurité, en particulier, on oppose parfois l’Alliance atlantique à l’Europe de la défense. Cette opposition vous semble-t-elle juste ?

R - Cette approche est stérile. Les Européens, comme les Américains, ont besoin des deux. Elles sont complémentaires. Sur les vingt-six pays de l’Otan, vingt et un sont membres de l’Union européenne. Sur les vingt-sept pays de l’Union, vingt et un sont membres de l’Otan. Mais nous devons veiller avec nos partenaires européens à ce que l’Otan n’évolue pas vers une organisation mondiale effectuant des missions aux confins du militaire, de l’humanitaire et des activités de police internationale. L’Otan n’a pas vocation à devenir une organisation concurrente de l’ONU.

Q - On vous a parfois reproché votre trop grande proximité par rapport à l’administration de George W. Bush. Que répondez-vous à vos détracteurs ?

R - Je leur réponds que c’est une mauvaise querelle. L’amitié entre l’Europe et les Etats-Unis est une nécessité pour l’équilibre du monde. Elle est profonde, sincère et indéfectible. Mais l’amitié, c’est d’être avec ses amis quand ils ont besoin de vous et d’être capable de leur dire la vérité quand ils ont tort. L’amitié, c’est le respect, la compréhension, l’affection, mais ce n’est pas la soumission. L’amitié n’est vraie que si l’on est libre. Je veux une France libre et une Europe libre. Je demande à nos amis américains de nous laisser libres ; libres d’être leurs amis.

Dernière modification : 25/01/2008

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