Entretien de Mme Michelle Alliot-Marie avec le quotidien chinois " Wen Hui Bao" (19.03.07)

(Pékin, 19 mars 2007)

Q - L’Otan est entrée dans une phase déterminante pour sa réforme. On se demande dans le monde, même en Asie, si son futur rôle devrait être politique et mondial, ou rester toujours comme un organe de défense européenne. Comment décrivez-vous votre nouvelle doctrine qui doit diriger l’orientation de sa réforme ?

R - Par l’ancienneté de son action dans le domaine de la sécurité et par sa composition, qui permettent de bénéficier des capacités militaires des Etats-Unis, l’OTAN demeure la garantie de protection ultime en cas d’attaque massive contre ses membres, tout en constituant également une réponse pertinente aux défis du contexte stratégique actuel, grâce à sa capacité d’action extérieure, quels que soient par ailleurs les progrès indéniables de la politique européenne de sécurité et de défense.

La France est aujourd’hui un membre important de l’OTAN, y compris en ce qui concerne les opérations en Afghanistan et au Kosovo.

Sur la nature de l’Alliance atlantique et sur les principes politiques devant orienter son action, la France considère que l’OTAN doit fondamentalement demeurer centrée sur sa fonction d’alliance militaire. De récentes expériences ont prouvé qu’elle n’était pas pleinement adaptée à une gamme de missions plus large, comme l’assistance humanitaire ou des opérations de reconstruction.
L’OTAN ne doit pas se substituer à d’autres organisations, qui ont clairement des compétences dans le domaine civil, ni prétendre concurrencer l’ONU, alors qu’elle n’en a pas la légitimité. S’agissant d’un élargissement de l’Alliance à des pays situés hors de la zone euro- atlantique, la France a toujours mis en garde contre les risques d’une organisation de sécurité qui s’érigerait en représentante des valeurs du monde occidental et qui ne pourrait que susciter des réactions négatives de la part d’autres pays, notamment dans le monde arabo-musulman.
En revanche, nous considérons que la contribution de certains pays alliés à des opérations de l’OTAN est envisageable et souhaitable au cas par cas.

Q - La présence militaire française en Afghanistan est-elle, selon vous, encore nécessaire aujourd’hui ? Pourquoi et quels sont ses rôles principaux ? Confirmez-vous les informations dans la presse selon lesquelles la principale tâche des troupes spéciales françaises, est de rattraper Ben Laden ? Pourquoi n’arrive-t-on toujours pas à l’arrêter ?

R - La France consent un effort militaire important en Afghanistan. Elle assure actuellement le commandement de la région de Kaboul. Au total, 2.000 militaires participent aux opérations menées en Afghanistan.

Cependant, sur le long terme, il ne peut y avoir de solution purement militaire en Afghanistan. La FIAS est une force de stabilisation, en appui des autorités afghanes, qui doit favoriser l’effort de reconstruction. Au-delà même de la force militaire, une amélioration rapide des conditions de vie des populations est indispensable. Il me paraît également essentiel de concentrer nos efforts sur les problèmes de drogue qui existent en Afghanistan en contribuant au financement de cultures de substitution.

Il y a encore beaucoup à faire pour améliorer la coordination de la stratégie d’ensemble, civile et militaire, de la communauté internationale.

La France a décidé, début 2007, le retrait de ses forces spéciales d’Afghanistan. Ce retrait se fait au profit d’un soutien accru à la formation de l’armée afghane. Les Forces spéciales ont largement contribué à la lutte contre le terrorisme. Elles ont accompli efficacement et courageusement leur mission.

Dernière modification : 24/01/2008

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