Entretien du Ministre de la Défense avec LCI (25.03.08)

Q - Confirmez-vous que la France va envoyer 1.000 hommes de plus, en Afghanistan, comme le "TIMES" l’a révélé ce week-end ?

R - Les choses ne se résument pas au seul envoi de troupes en Afghanistan, le président de la République a écrit à ses homologues, en leur disant que la réponse n’était pas seulement militaire, qu’il fallait une approche globale sur la question de l’Afghanistan.


Q - C’est-à-dire ?

R - Cette approche globale, c’est quoi ? C’est de considérer que, un, il faut en effet avoir un contrôle de la situation pour lutter contre le terrorisme, parce que ce qui se passe en Afghanistan, nous concerne et concerne notre sécurité. Il y a un immense arc de crise, qui va de l’Océan atlantique à l’Afghanistan et qui passe à travers l’Afrique. Cet arc de crise est source de terrorisme et donc source de menace pour nous. Deuxièmement, ce qui se passe en Afghanistan, c’est une production d’opium considérable, 93 % des exportations d’opium dans le monde proviennent d’Afghanistan, et troisièmement, si l’Afghanistan venait à être dans les mains du terrorisme ou de telle ou telle faction islamiste, on voit très bien les conséquences de déséquilibre dans la région, et donc, notre présence est indispensable dans ce pays.
Cependant, elle ne doit pas être que militaire. Il faut que l’ensemble des alliés, en Afghanistan, assure à la fois le contrôle militaire, la lutte contre le terrorisme, mais en même temps la formation de l’armée nationale afghane, ce que fait la France. Il faut en même temps aussi faire en sorte que l’on mette en place les conditions de développement de l’Afghanistan, c’est une des questions que le président de la République a posées, faire en sorte aussi qu’on améliore la gouvernance de l’Afghanistan, et enfin qu’on fasse en sorte que progressivement, l’Afghanistan prenne en mains son destin, c’est-à-dire qu’on "afghanise" un certain nombre de zones, d’institutions, pour que progressivement la machine se mette en route. C’est tout cela qui doit concerner…


Q - Mais nos hommes iront là-bas pour combattre ou pour former ?

R - Nos hommes iront pour contrôler la situation, assurer la sécurité et la stabilité.


Q - Donc, combattre aussi.

R - Comme nous le faisons à travers le contrôle de la zone de Kaboul, puisque nous contrôlons la zone Centre, et aussi pour former l’armée nationale afghane, comme nous le faisons déjà.


Q - L’an dernier, le candidat Sarkozy était plutôt sur la ligne de désengagement, comme le président Chirac, d’ailleurs, il y a donc un changement de stratégie ?

R - Non, il n’y a pas de changement de stratégie, il y a simplement le constat que ce qui se passe en Afghanistan nous concerne et concerne notre sécurité, que nous avons à y jouer notre rôle, mais que cela ne doit pas être seulement un rôle de stabilisation, de contrôle, de maintien de la paix, de formation, mais cela doit être aussi un rôle, pour l’ensemble des alliés, qui est un rôle de fixer une perspective de développement pour l’Afghanistan.

Q - Désengagement, renforcement, c’est quand même contradictoire, d’une année sur l’autre. La situation s’est tellement dégradée ?

R - Non, la situation ne s’est pas dégradée. On est sur une espèce de plateau. La situation s’est nettement améliorée pendant une période, elle s’est ensuite, c’est vrai, dégradée dans un certain nombre de régions, mais nous avons globalement plutôt le contrôle militaire de l’opération, et on voit très bien que le contrôle militaire ne suffit pas. Il faut un plan global, pour l’Afghanistan, et c’est de cela dont le président de la République va discuter à Bucarest et c’est à partir des réponses qui seront apportées à cette démarche globale que le président de la République décidera ou non de mettre des forces supplémentaires.

Q - Bucarest, c’est le sommet de l’Otan la semaine prochaine. Est-ce qu’il y a aussi, derrière cette nouvelle stratégie en Afghanistan, la volonté de mieux peser dans l’Otan, de préparer la réintégration de la France, complète, dans les instances de décisions ?

R - Non, ce sont deux choses différentes. Nous sommes dans l’Alliance, ce n’est pas nouveau, nous y avons toujours été. Nous avons toujours participé à l’ensemble des opérations militaires de l’Otan depuis les années 90…


Q - Mais nous voulons peser plus.

R - Que nous voulions peser plus, alors que nous participons beaucoup, nous représentons 10 à 11 % du budget de l’Alliance atlantique aujourd’hui, c’est naturel, mais il ne faut pas lier la volonté que nous avons de rénover l’Alliance atlantique mais aussi de renforcer l’Europe de la défense, avec la question de l’Afghanistan.

Q - L’opposition, en France, veut débattre de tout cela à l’Assemblée nationale. Etes-vous prêt à accorder ce débat à l’opposition ?

R - Ecoutez, on va voir comment les choses se passent. Les institutions ne prévoient pas de débat en tant que tel, il ne faut pas être fermé non plus à toute discussion sur ce sujet et je pense qu’il peut tout à fait y avoir, par exemple, un moment consacré, au sein des commissions de la Défense, à cette discussion.

(..)

(Source : site Internet du ministère de la Défense)

Dernière modification : 28/03/2008

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