Entretien du Ministre de la défense M. Hervé Morin, avec "RTL" (06.07.2008)

Q - Bonsoir. Bienvenue dans le grand studio de RTL pour cette nouvelle édition du "Grand jury", vous en êtes l’invité, Hervé Morin, bonsoir. (…) Dans le Livre Blanc de la Défense, est prévu un retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, très exactement dans le comité des plans de défense puisque nous sommes déjà dans le comité militaire depuis 1995. Lorsque le président de la République a parlé pour la première fois de ce projet, il avait mis deux conditions. La première, c’est qu’il y ait un pilier de défense européenne fort ; la seconde, c’est que nous ayons un poste éminent au sein du commandement militaire de l’OTAN. Il reprenait d’ailleurs une condition qu’avait donnée Jacques Chirac ; c’était donc sous conditions. Le président de la République ne reprend plus ces conditions. Est-ce que cela signifie que c’est sans condition maintenant ?

R - Non, le président de la République est parti d’une analyse qui a été une grande intuition. C’est l’intuition qui consiste à peser le fait que vous ne ferez jamais évoluer de façon majeure l’Europe de la défense si vous ne changez pas de discours à l’égard de l’Alliance atlantique. La France a porté l’Europe de la Défense au sein des 27… des 26 plus nous, en donnant souvent le sentiment à nos partenaires européens que l’Europe de la Défense était faite pour affaiblir l’Alliance Atlantique ou pour se substituer à l’Alliance Atlantique. Or pour la plupart de nos partenaires sinon la totalité de nos partenaires, l’Alliance Atlantique est le système de sécurité auquel ils tiennent parce que depuis 1949, il a fait preuve de son efficacité et auquel ils tiennent parce que cela ne leur coûte pas cher puisque ce sont les Américains qui font l’essentiel de l’effort militaire. Ce que dit le président de la République dès lors qu’il indique qu’il est prêt à participer à la rénovation de l’Alliance atlantique, qu’il est prêt à ce que la France puisse jouer son rôle au sein de l’Alliance atlantique, dès lors que vous tenez ce discours-là, eh bien les Européens sont prêts à s’engager clairement dans l’évolution et la progression de l’Europe de la Défense. Le meilleur exemple probablement, ce sont les Polonais que l’on qualifiait d’Atlantistes parmi les Atlantistes et qui ont fait des déclarations extrêmement positives sur ce sujet. J’ajoute enfin que vous ne pouvez reprocher à l’Alliance Atlantique d’être trop américaine et que dans le même temps vous refusiez de participer à l’Alliance Atlantique. Si vous voulez que l’Alliance Atlantique soit plus européenne, il faut que l’Europe de la Défense progresse et il faut que la France puisse y prendre sa part.

Q - En une phrase simple, en trois mots : comment est-ce que vous définissez le rôle de l’Alliance Atlantique ?

R - Le rôle de l’Alliance Atlantique, c’est un système de sécurité collective et c’est selon moi aussi une communauté euro-atlantique, qui défend et qui partage un certain nombre de valeurs. Nous avons les mêmes valeurs de la démocratie, les mêmes valeurs de la liberté, même si nous n’avons pas les mêmes contraintes collectives, même si nous n’avons pas les mêmes pactes sociaux par exemple que le pacte social américain (…).

Dernière modification : 10/07/2008

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