Entretien du Président Nicolas Sarkozy avec le quotidien "el Mundo"

(…) Q - Vous avez fait tomber le tabou américain. Quel degré d’intégration voulez-vous pour la France au sein de l’OTAN ? Jusqu’à quel point M. Sarkozy est un leader atlantiste ? Quel type de leader des Etats-Unis sera vainqueur aux prochaines élections ?

R - Il est vrai que j’ai toujours revendiqué mon amitié pour les Etats-Unis, et ce, même au plus fort de l’incompréhension entre nos deux pays. Cela n’a d’ailleurs jamais signifié que j’étais d’accord avec tout ce que les Etats-Unis faisaient. Sur la question de la guerre en Irak, j’ai toujours pensé que les Etats-Unis commettaient une erreur, et c’est tout l’honneur de la France que d’avoir essayé de les mettre en garde.

Mais, pour moi, la force du lien transatlantique va au-delà de nos divergences, même lorsqu’elles sont aussi sérieuses lors de la guerre d’Irak. L’amitié entre nos deux pays plonge ses racines dans une histoire partagée et dans des valeurs communes. Elle s’est forgée dans notre combat commun contre les totalitarismes. Avec les Etats-Unis, nous partageons des valeurs universelles et une mission historique au service de la liberté.

C’est la force de ce lien que j’ai voulu rappeler à un moment où trop nombreux étaient ceux qui, en France et aux Etats-Unis, semblaient l’oublier. Cela m’a valu beaucoup de critiques, mais je ne le regrette pas car c’est comme cela que je conçois l’amitié entre nos deux pays.

Notre relation doit être celle de partenaires libres, d’amis fidèles et exigeants. Notre dialogue doit être constant, franc, fondé sur le respect mutuel. Je me sentirai toujours libre de dire à nos amis américains quand je pense qu’ils se trompent. Des désaccords, nous en aurons probablement d’autres, mais je suis convaincu que nous pouvons exprimer ces différences par un dialogue constructif sans crise, sans ressentiment et surtout sans mise en scène.

Concernant la présidentielle qui se déroule actuellement aux Etats-Unis, je n’ai évidemment pas de commentaire à faire. C’est au peuple américain de se prononcer. out ce que je peux vous dire, c’est que j’ai beaucoup d’admiration pour les candidats engagés dans cette campagne, l’une des plus difficiles et des plus longues au monde. J’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs d’entre eux et je ne doute ni de leur talent, ni de leur compétence, ni de leurs convictions. Et puis, je trouve assez passionnant de voir la force des débats au sein même de chaque famille politique.

Sur l’OTAN, enfin, j’ai toujours pensé qu’il était stérile d’opposer la défense européenne et l’Alliance atlantique, que cela n’avait pas de sens. Nous avons besoin des deux, parce qu’elles sont complémentaires et parce qu’elles se renforcent mutuellement. Il suffit de regarder les chiffres : sur les 26 pays de l’OTAN, 21 sont membres de l’Union Européenne, tandis que sur les 27 pays de l’Union, 21 sont membres de l’OTAN. Qui peut sérieusement croire que l’on construira l’une en défaisant l’autre ? C’est pourquoi je souhaite que dans les prochains mois nous avancions de front vers le renforcement de l’Europe de la défense et vers la rénovation de l’Otan et de sa relation avec la France. Cette alliance, elle est la nôtre, nous sommes parmi ses premiers contributeurs et nos troupes participent à ses opérations, des Balkans à l’Afghanistan.

Dernière modification : 17/01/2008

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