- Face aux talibans, aux côtés des soldats afghans, les instructeurs français

BASE AVANCEE DE MAIWAN (Afghanistan), 8 sept 2007 (AFP) - C’est un point sur la carte, à 73 km de Kaboul, plein sud, et 65 km du Pakistan : la base avancée de Maiwan accueille six instructeurs français qui vont au feu avec les soldats de l’Armée nationale afghane (ANA) aux prises avec les talibans. Le capitaine Philippe X. (son identité ne doit pas être divulguée pour raisons de sécurité) et ses hommes font partie de la cinquantaine d’instructeurs français déployés en Afghanistan. D’ici à la fin de l’année, leur nombre sera porté à plus de 200. La France en a fait l’une des priorités de sa politique afghane avec la reconstruction du pays. "Nous devons consentir des efforts pour que les Afghans puissent prendre progressivement leur destin en main", a souligné vendredi le ministre français de la Défense Hervé Morin, lors d’une visite éclair sur cette base. Cet effort de formation de l’ANA, a-t-il fait valoir, "doit nous permettre de nous désengager à moyen terme". Un millier de soldats français sont encore déployés en Afghanistan au sein de la Force Internationale d’Assistance à la Sécurité (Isaf) de l’Otan, six ans après le déclenchement de l’opération Enduring Freedom (Liberté immuable). La base avancée, située dans la province de Logar, est un quadrilatère ceinturé de miradors et d’un mur épais. Deux bâtiments sont dévolus aux Français et au commandement et une douzaine d’autres aux recrues afghanes, 63 pour un effectif théorique et volatile d’une centaine. Depuis Kaboul, les hélicoptères Caracal de l’armée de l’air française y déboulent en une vingtaine de minutes, avec des pointes à 250 km/h, volant à 50 m du sol, au ras des crêtes rocheuses, plongeant dans les vallées arides. L’équipe du capitaine Philippe X. n’a cependant guère le loisir de contempler le paysage. "Tous les jours, la vie de chacun de nous est en jeu", confie le jeune officier dont la voix se serre lorsqu’il évoque son camarade Pascal Correia, adjudant-chef tué dans la nuit du 24 au 25 juillet par un tir de roquette dans la province de Wardak. Jeudi soir encore, instructeurs français et soldats afghans se sont précipités aux abris alors qu’un camp de la police afghane était attaqué à la roquette quelques kilomètres plus loin. Pendant leurs six mois d’instruction, les unités afghanes enchaînent les exercices : checkpoints, opérations de contrôle, fouilles d’individus, patrouilles en formation de combat, assauts, tir... Mais les instructeurs français des OMLT (Operational Mentoring Liaison Team) sont loin de se cantonner à ces exercices. Leur mission se poursuit sur le terrain, aux côtés des unités afghanes. "Nous sommes complètement insérés dans le dispositif afghan et toute patrouille ici est une patrouille de combat", explique le capitaine Philippe X. pris à deux reprises en embuscade ou dans une
attaque des talibans. "Le terrain est totalement favorable aux insurgés, ils le connaissent d’autant mieux qu’ils sont chez eux", note-t-il. Certaines zones échappent à tout contrôle. Le harcèlement des troupes de l’Otan y est systématique, les engins explosifs le long des routes, une hantise permanente. S’il estime avoir rempli sa mission, le jeune officier n’en reste pas moins lucide. "Cette guerre ne se gagnera pas par les armes", assure-t-il, "il faut amener la population à accepter et respecter les forces gouvernementales". Côté afghan, le capitaine Mohamad Aslam déplore les soldes de misère -100 dollars- et l’armement insuffisant. Mais si on lui demande si ses hommes se battent au nom du drapeau afghan et du sentiment national, il répond sans hésiter par l’affirmative.

Dernière modification : 17/09/2007

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