Intervention du Ministre de la défense, Mme Michèle ALLIOT-MARIE, devant l’assemblée parlementaire de l’OTAN

Monsieur le Secrétaire général,

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Mesdames, Messieurs,

C’est avec plaisir que je participe à cette session de l’Assemblée de l’Atlantique Nord à Paris. Je voudrais féliciter son président, Pierre Lellouche, pour la façon dont notre rencontre est organisée.
La qualité de vos débats renforce la pertinence de votre institution comme lieu de réflexion face aux grands enjeux de sécurité.

Vos travaux sont naturellement liés à la préparation de l’échéance importante pour l’Alliance que sera le sommet de Riga en octobre : réflexion sur l’adaptation éventuelle des missions et partenariats de l’OTAN, poursuite de la transformation des structures.

Plus encore, dans le monde multipolaire qui se dessine rapidement sous nos yeux, il s’agit de contribuer à définir ensemble la place de notre Alliance.

Le rôle de l’OTAN face aux nouveaux risques (I) implique des adaptations pour optimiser sa contribution à notre sécurité (II).

I - Face aux nouveaux risques, l’Alliance représente aux yeux de la France une réelle valeur ajoutée dans le domaine de la sécurité

La menace aujourd’hui est multiforme : terrorisme, risques de prolifération d’armes de destruction massive, perpétuation de crises régionales, migrations illégales, pandémies, compétition exacerbée pour les ressources rares, détérioration de l’environnement ; hélas la liste est longue !

Naturellement, l’Alliance atlantique n’a pas vocation à traiter tous ces risques elle-même. Elle n’est pas équipée pour le faire mais elle a une valeur ajoutée substantielle, et cela à trois titres :

- L’article 5 du Traité de Washington est la garantie de notre sécurité collective.
Certes, avec la fin du Pacte de Varsovie et la construction de l’Europe, aucun des pays membres n’est plus confronté au risque d’une invasion de son territoire. Pour autant, la paix n’est jamais garantie. Qui peut affirmer qu’à un horizon de vingt à trente ans aucun d’entre nous n’aura pas besoin de la solidarité de ses alliés, face à une menace vitale.

- A défaut de menace immédiate, nous devons faire face à des risques multiples, à commencer par le terrorisme. Nous devons donc être en mesure de le prévenir et de le combattre là où il se cache. C’est le sens de notre engagement collectif en Afghanistan. Il nous faut aussi traiter des crises régionales, c’est le cas aujourd’hui dans les Balkans.

- l’OTAN est enfin un forum nécessaire de réflexion sur notre sécurité.

Il convient de ne pas s’éparpiller dans des domaines où la valeur ajoutée de l’Alliance n’est pas évidente. Il nous faut savoir concentrer nos énergies sur l’essentiel. Un instrument efficace pour l’action militaire.

L’intérêt premier de l’Alliance demeure de mener à bien les opérations importantes dans lesquelles elle est engagée

La première d’entre elles est bien sûr l’Afghanistan. Aujourd’hui, de nouvelles institutions légitimes sont en place. Elles ont entamé la reconstruction du pays. La tâche de l’OTAN est cependant loin d’être achevée. La menace terroriste est encore significative ; les autorités afghanes ont encore besoin de notre aide avant d’être en mesure d’assumer pleinement leur souveraineté.
Nous ne devons pourtant pas perdre de vue que la présence militaire étrangère ne doit avoir qu’un temps. Nous ne saurions oublier que notre contribution sera effective lorsque nous aurons traité le problème de la drogue, dont les revenus financent en partie le terrorisme. La communauté internationale doit se mobiliser pour mettre en place une économie de substitution viable. La sécurité ne sera durable que si nous répondons -sous l’égide de l’ONU- à l’attente de la population afghane dans les domaines économique et social.

Le Kosovo demeure aussi un sujet de préoccupation tant qu’un statut définitif n’aura pas été accepté par les différents protagonistes. Nous avons tous été surpris par les événements de mars 2004. Restons donc vigilants pour accompagner la négociation politique, seule à même d’aboutir à un règlement de ce conflit.

En Irak, l’Alliance a une mission de formation. Elle est rendue difficile par la situation sécuritaire extrêmement fragile. La reconstruction d’un Irak uni constitue notre objectif.
Nous savons cependant que la clé de la solution repose sur un accord véritable entre toutes les composantes de la société irakienne.

Au Darfour enfin, nous devons contribuer au transfert de la mission de l’AMIS à l’ONU. L’Accord d’Abuja est un succès, mais il est fragile. Le renforcement de l’action de l’Alliance, comme de l’UE, est nécessaire dans les domaines où les capacités africaines sont les plus faibles.
L’OTAN n’est donc pas au bout de ses opérations !

II- Afin d’optimiser sa valeur ajoutée, l’Alliance doit poursuivre son adaptation

Au Sommet de Prague, nous avons décidé de nous doter d’une capacité de réaction rapide, la NRF. Il s’agit là d’une initiative majeure, qui permet à l’Alliance d’agir sans délai loin de ses frontières, et tend à accélérer la modernisation des forces armées des Etats membres.

La France s’y est investie massivement, témoignant par là de son engagement. Nous sommes heureux que nos amis américains aient pris, eux aussi, la décision de contribuer à la NRF. Je suis donc convaincue que chacun fera l’effort nécessaire pour qu’à Riga nous puissions déclarer la pleine opérationnalité de la force.

Cet effort collectif ne doit cependant pas se substituer à l’effort indispensable de chacun en matière d’équipement. Face à la montée prévisible des risques, chaque pays doit prendre ses responsabilités.
Il est illusoire de penser compenser nos faiblesses par un financement collectif ; mais nous devons faire en sorte que ces moyens puissent être mis à la disposition de l’Alliance, de coalitions ad hoc ou de l’Union européenne, en fonction des situations.

Il convient enfin de veiller à l’interopérabilité de nos forces. C’est la condition même de l’efficacité d’une alliance. Nous devons, pour continuer à agir ensemble, éviter que s’instaure dans la durée un décalage capacitaire trop marqué entre Alliés.

Un autre objectif est de veiller à l’adéquation entre nos moyens et nos ambitions. Il existe une tentation forte chez certains d’entre nous à vouloir aller au-delà de nos capacités, en confiant à l’Alliance des missions pour lesquelles elle n’est pas équipée.

Ainsi, la reconstruction civile n’est pas du ressort de l’Alliance. D’autres organisations en ont davantage la compétence et les moyens.

Veillons à ne pas affaiblir notre capacité opérationnelle en cherchant à trop étendre nos missions. Il ne faut pas que l’effort primordial en matière d’équipement soit obéré par la multiplication d’activités secondaires.

Nous devons enfin prendre pleinement en compte la nouvelle réalité du développement de l’Europe de la Défense. Il y a quatre ans, cette dernière était virtuelle. Elle est aujourd’hui une réalité : sur plusieurs théâtres d’opération ; dans de nouvelles structures comme l’Agence européenne de défense, les GT 1500 ou la Force de Gendarmerie européenne ; dans des programmes communs d’armement. Cette nouvelle dynamique ne se fait pas contre l’Alliance. La complémentarité entre l’OTAN et l’Europe de la Défense n’est pas une formule creuse. Elle est un atout pour l’une comme pour l’autre. Le renforcement des capacités européennes contribue à l’affermissement du pilier européen de l’Alliance. La relève de l’Alliance par l’UE en Bosnie, en Macédoine, un jour peut-être au Kosovo, permet à l’OTAN de concentrer ses efforts sur l’Afghanistan. Les deux institutions n’ont ni les mêmes missions ni les mêmes moyens. La multiplication prévisible de crises fera que nous aurons besoin de l’action efficace et de l’une et de l’autre. Cela suppose que nous ayons consenti les efforts nécessaires.

* * *

A quelques mois de Riga et face à une situation internationale délicate, nous devons être conscients de nos responsabilités. Nous devons faire les bons choix.

Politiquement, nous devons prouver à nos opinions publiques que l’Alliance demeure pour nous tous un instrument indispensable de notre sécurité.

En cherchant à adapter notre alliance aux nouvelles réalités, nous devons aussi veiller à éviter certains dérapages : une extension inconsidérée de nos missions ou des messages politiques inadaptés.
Ainsi prenons garde à ne pas nous présenter comme une organisation chargée de promouvoir la démocratie dans le monde, face au Grand Moyen-Orient, à la Chine ou à la Russie. Ce serait contre-productif et risquerait de pousser à un conflit de civilisations que nous cherchons à éviter.

Ne perdons pas de vue notre véritable raison d’être : une alliance militaire qui nous permet de faire respecter nos valeurs et nos intérêts. Si nous voulons demeurer pertinents, poursuivons notre effort pour renforcer nos capacités opérationnelles. C’est ainsi que nous réaliserons dans les faits la pérennité de l’Alliance. C’est ainsi que nous démontrerons notre foi dans la solidité du lien transatlantique./.

Dernière modification : 17/01/2008

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