L’aéronavale française en soutien aux forces au sol en Afghanistan

A BORD DU PORTE-AVIONS CHARLES DE GAULLE (mer d’Arabie), "La voix change de ton, on entend les coups de feu et les explosions au sol", raconte ce pilote de l’aéronavale française qui vient de survoler le sud de l’Afghanistan à plusieurs reprises depuis trois semaines. Le lieutenant de vaisseau Christophe Charpentier se souvient de militaires anglais, déployés dans l’une des régions les plus violentes du pays, "qui vous remercient en disant : vous nous avez tiré une belle épine du pied".
Depuis le 5 mai, le seul porte-avions français, le Charles-de-Gaulle, croise au large du Pakistan, en mer d’Arabie, et tous les jours ses avions de combat Super-Etendard et Rafale font des sorties au gré des besoins de la coalition militaire internationale ou de l’Otan.
La priorité est d’apporter le maximum de soutien aux quelque 200 militaires des forces spéciales françaises qui traquent les talibans dans le sud-est de la province de Kandahar et qui ont perdu deux des leurs samedi, alors qu’un troisième a été blessé. "Il est bien clair que dans les priorités qui ont été fixées par le Chef d’état-major des armées (CEMA), on a demandé que nos avions interviennent bien sûr, en priorité, au profit de nos forces", explique le contre-amiral Xavier Marne, qui commande le groupe aéronaval. "Mais c’est bien une préférence, pas une exclusivité", souligne l’amiral, devant quelques journalistes français. Les missions varient. Elles vont de la reconnaissance à des missions d’appui des troupes au sol. Elles peuvent ne consister qu’en un passage très rapide à basse altitude ou aller jusqu’à un largage de bombe pour dégager des troupes amies. Passer "très bas et très vite" peut parfois suffire à disperser des bandes de talibans, qui comprennent le message de ces avions supersoniques : "à la prochaine passe, ce sera une bombe !", explique un pilote. Les missions au-dessus de l’Afghanistan sont assignées au groupe aérien du Charles-de-Gaulle par un centre opérationnel de la coalition commandée par les Américains et basé au Qatar. Les vols durent de quatre à cinq heures et comprennent des ravitaillements en vol pour pouvoir rester le plus longtemps possible sur zone. Ils sont éprouvants pour les hommes et leur machine. Les Super-Etendard - il y en a 14 sur le porte-avion - "travaillent aux limites de leur capacité", souligne l’amiral, parce qu’ils datent. Pour les pilotes, "cela veut dire des vols qui sont extrêmement longs", souligne l’amiral Magne, lui-même un ancien pilote. "Dans un chasseur, vous êtes assis sur un siège éjectable qui est dur comme du bois. Vous imaginez au bout de quatre heures", explique t-il. Les neuf avions Rafale du Charles de Gaulle, beaucoup plus modernes que les Super-Etendard, ne servent que de "nounou" à leurs aînés pour les missions au-dessus de l’Afghanistan, c’est à dire d’avion ravitailleur. Les modèles embarqués sont des intercepteurs, destinés au combat aérien, et ne peuvent conduire ni des opérations de reconnaissance ni des missions d’appui au sol. Les avions sont aussi accompagnés par un Hawkeye, un avion à hélices qui tire la silhouette caractéristique de son radôme en forme de soucoupe volante installé sur son dos. Il permet de surveiller l’espace aérien et de guider les avions de combat.
Depuis mercredi, près de 250 talibans ont été tués et outre les deux soldats français, une capitaine canadienne a également trouvé la mort dans des combats avec les rebelles.

Dernière modification : 17/01/2008

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