- La France presse les Afghans d’assurer leur sécurité

DOHA, 9 sept 2007 (AFP) - Le ministre français de la Défense Hervé Morin a profité d’une première visite de 24 heures sur le théâtre des opérations en Afghanistan pour presser les dirigeants afghans d’assumer une part croissante de la sécurité de leur pays, avant une étape dimanche au Qatar. "Ne pourrait-on pas concevoir qu’au cours de l’année 2008, vous soyez en mesure de prendre la main, en totalité, sur une province ?", s’est interrogé M. Morin samedi au cours d’une rencontre avec le président afghan Hamid Karzaï. Dans cette province, l’Isaf, la force de l’Otan en Afghanistan, n’assurerait plus "éventuellement" qu’un soutien aérien et un encadrement au profit des soldats afghans engagés au sol dans la lutte contre les talibans. Ce serait, a plaidé M. Morin, une manière pour l’Afghanistan de "montrer à la communauté internationale" qu’il "progresse sur la voie de la prise en compte de sa propre sécurité". Le ministre a fait la même suggestion au commandant en chef de l’Isaf, le général américain Dan McNeill, à la tête d’une force qui compte encore environ 36.000 hommes de 37 nations, six ans après le déclenchement de l’opération "Enduring Freedom" (Liberté immuable) et qui s’ajoutent à quelque 15.000 soldats encore présents de la coalition dirigée par les Etats-Unis. Cette proposition inédite s’inscrit dans le droit fil de la politique afghane de la France. Les Afghans doivent prendre "progressivement leur destin en main", a souligné M. Morin, allé vendredi à la rencontre d’instructeurs français sur la "base d’opérations avancée" de Maiwan, à quelque 70 km au sud de Kaboul. Et l’effort de formation de l’Armée nationale afghane (ANA) doit permettre aux troupes françaises de se "désengager à moyen terme", a fait valoir le ministre, assurant : "nous ne sommes pas ici ad vitam eternam". Pour l’heure, l’ANA est créditée officiellement de 37.000 hommes et devrait être forte, selon les prévisions, de 70.000 soldats à l’horizon de 2008. L’Isaf a encore affirmé samedi avoir tué plus de 30 talibans dans des frappes aériennes sur la province sud de Helmand, peu après la mort de trois soldats étrangers dans cette région. Dans un discours solennel, le 27 août à l’Elysée, le président Nicolas Sarkozy avait fixé trois priorités à la politique afghane de la France : la formation de l’armée afghane, la reconstruction et lutte contre la drogue. Mais si le nombre d’instructeurs français sera bien porté à 200 d’ici à décembre, contre une cinquantaine aujourd’hui, les deux autres priorités n’ont été évoquées que très incidemment lors de la visite de M. Morin. Il a en revanche confirmé que la France transfèrera ses six avions de chasse engagés dans les opérations aériennes de l’Isaf, de Douchanbé, la capitale tadjike, à Kandahar, qui abrite la grande base de l’Otan du sud afghan. Invoquant "avant tout une décision opérationnelle et technique" pour éviter de coûteux transits vers leur zone d’opération, le ministre s’est inscrit en faux contre les "interprétations" selon lesquelles il s’agirait d’un rapprochement de la France avec l’Otan. Vendredi, il avait rencontré le commandant en chef de l’Isaf, le général américain Dan McNeill, puis une équipe d’instructeurs français intégrés aux forces afghanes dans le sud. M. Morin a rappelé que la France en enverrait 150 supplémentaires, portant leur nombre à un peu plus de 200 d’ici à décembre, pour assister le 201e corps de l’ANA, déployé à Kaboul et sa région.
De leur côté, les autorités afghanes ont appelé la France à jouer un rôle accru en Afghanistan. Au nom de ses valeurs "politiques et philosophiques", elle doit être "dans cette partie du monde, leader de la lutte contre l’extrémisme", a affirmé le président Karzaï. Plus prosaïquement, le ministre afghan de la Défense Abdul Rahim Wardak a exhorté son homologue français à fournir davantage de matériel à l’ANA, doléance mainte fois rappelée par Kaboul. M. Morin a promis "d’examiner sa demande". La présidence afghane a indiqué que le ministre français avait réaffirmé au président Karzaï le soutien de la France à l’Afghanistan. Le ministre de la Défense a exprimé la volonté du président français Nicolas Sarkozy de "maintenir l’engagement de son pays envers l’Afghanistan quel que soit le contexte international", a déclaré la présidence dans un communiqué. Les deux parties ont discuté "des différents angles de leurs relations bilatérales", militaires, économiques et culturelles, selon le texte.

Dernière modification : 17/09/2007

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