Libye : déclaration conjointe France-Italie

SOMMET FRANCO-ITALIEN

DÉCLARATION CONJOINTE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, NICOLAS SARKOZY, ET DU PRÉSIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES DE LA RÉPUBLIQUE ITALIENNE, SILVIO BERLUSCONI, SUR LA LIBYE ET LA MÉDITERRANÉE

(Rome, 26 avril 2011)

La France et l’Italie ont décidé de renforcer leur coopération en matière de politique étrangère et ont convenu de travailler en priorité sur les principaux sujets d’actualité suivants :

La France et l’Italie renouvellent leur soutien aux résultats et aux décisions pris lors de la réunion du Groupe de contact sur la Libye, à Doha, le 13 avril, et conviennent de coopérer étroitement, en vue de la prochaine réunion qui doit se tenir à Rome.

Il est urgent de mettre fin aux menaces qui pèsent sur les populations civiles dans l’ensemble de la Libye, y compris à l’ouest du pays où les populations de Misrata et de Zentan, assiégées, résistent courageusement. Il est, plus que jamais, nécessaire d’accroître la pression militaire sur les centres de commandement, les troupes et les infrastructures de Kadhafi. Nous estimons qu’après ses exactions, Kadhafi et son régime ont perdu toute légitimité. Il doit partir. Le peuple libyen doit pouvoir s’engager dans un processus politique inclusif piloté par les Libyens eux-mêmes, dans le respect des principes de souveraineté et d’intégrité territoriale de la Libye, ainsi que l’a affirmé le Conseil de sécurité. Le Conseil national de transition libyen a un rôle central à jouer dans ce processus politique.

La France et l’Italie participent aux opérations alliées conduites en application de la résolution 1973 du Conseil de sécurité. Leur élément central est la protection des populations décidée par le Conseil de sécurité. Les deux pays apportent une contribution éminente aux opérations alliées et à la sauvegarde de la population libyenne. Nos forces aériennes continueront à agir ensemble, sur la base d’une pleine flexibilité opérationnelle y compris avec des frappes au sol.

Par ailleurs, la France et l’Italie sont prêtes, pour faire face à l’aggravation de la crise humanitaire causée par le régime libyen, à mobiliser des moyens matériels et humains dans le cadre de l’opération de politique de sécurité et de défense commune EUFOR Libye dès qu’une demande de soutien sera formulée par les Nations unies. Elles soutiennent activement la planification en cours de l’opération EUFOR Libye par l’état-major international de Rome.

La France et l’Italie ont reconnu que le Conseil National de Transition libyen est le représentant légitime du peuple libyen. Elles appellent tous les pays à renforcer leur aide au CNT afin qu’il puisse jouer tout son rôle au service de la démocratie et de l’unité du peuple libyen et puisse résister aux menaces du régime de Kadhafi contre la population. Elles soutiennent le déblocage de fonds libyens gelés pour permettre le financement de l’aide humanitaire et d’autres activités en faveur de la population, en accord avec le CNT. Conformément aux décisions du Conseil européen, elles soutiennent la poursuite ainsi que l’élaboration et l’adoption de mesures visant à garantir que le régime de Kadhafi n’ait pas accès aux recettes pétrolières et gazières qui financent l’effort de guerre de Kadhafi contre son peuple. La France et l’Italie n’accepteront plus d’hydrocarbures vendus par Kadhafi et son régime. Elles appellent tous les États et tous les opérateurs du marché pétrolier à refuser toute opération de commercialisation ou de transport d’hydrocarbures qui puisse avantager le régime de Kadhafi, ainsi que toute livraison de produits pétroliers bruts ou raffinés, qui peuvent contribuer aux attaques contre la population.

2) Fortes de leur proximité géographique, historique et humaine avec les pays de la rive Sud de la Méditerranée, la France et l’Italie saluent et soutiennent les processus de transition et de réformes politiques qui y sont engagés vers la démocratie et la construction d’États de droit. La France et l’Italie sont déterminées à travailler ensemble, et dans le cadre européen, pour que l’Union européenne réponde pleinement à ces changements, de manière ambitieuse et globale, notamment par la refondation de sa politique de voisinage.

La France et l’Italie sont également désireuses d’agir en faveur d’une relance de l’Union pour la Méditerranée, plus que jamais indispensable pour favoriser des relations de coopération fondées sur des projets concrets et structurants, et d’y travailler ensemble en vue de créer un espace commun de paix et de prospérité partagées en Méditerranée. Elles rappellent aussi leur attachement aux forums « 5 + 5 » et FOROMED, instances de dialogue nécessaire pour la Méditerranée.

Conscientes des enjeux prioritaires que revêt cette évolution, la France et l’Italie demandent un renforcement substantiel de l’aide de l’Union européenne en direction du Sud de la Méditerranée, que ce soit par l’augmentation des crédits de la BEI, l’accroissement des moyens bilatéraux accordés par l’Union européenne (Instrument européen de voisinage et de Partenariat), l’extension du champ d’intervention de la BERD aux pays de la rive Sud de la Méditerranée, la mise en place d’un nouvel instrument financier international consacré au développement économique solidaire par le soutien des PME et de la création d’emplois ou la facilitation des échanges économiques et commerciaux entre les deux rives dans un cadre de répartition équitable des charges entre les Etats membres de l’Union européenne. Cette ambition et cette priorité au voisinage méridional devront être pleinement prises en compte dans les propositions de la Commission sur le prochain cadre financier pluriannuel de l’Union européenne. L’Italie et la France reconnaissent la priorité de la politique de création d’emploi notamment pour les jeunes ainsi que l’importance cruciale, à cet égard, du développement des PME.

Dans ce cadre, la France et l’Italie considèrent que les questions migratoires doivent constituer une donnée structurante du nouveau partenariat pour la démocratie et la prospérité partagée qui doit être établi entre l’Union européenne et les pays du Sud de la Méditerranée. La lutte contre l’immigration irrégulière doit à ce titre représenter un impératif commun aux partenaires des deux rives de la Méditerranée, indissociable des autres termes d’un partenariat ambitieux. La France et l’Italie travailleront ensemble à titre bilatéral et dans le cadre de l’Union européenne, pour soutenir et engager les partenaires de la rive Sud à coopérer pleinement, aussi bien dans la gestion de leurs frontières que pour la réadmission des migrants.

La France et l’Italie soutiendront la définition de partenariats pour la mobilité avec les partenaires du Sud de la Méditerranée qui doivent faire partie d’une coopération migratoire dynamique et équilibrée. Dans cet esprit, elles appellent à parachever la mise en place d’un Office euro-méditerranéen de la jeunesse et le centre euro-méditerranéen pour les micro, petites et moyennes entreprises et à ce que tous les États membres de l’Union européenne les rejoignent.

De manière générale, la France et l’Italie conviennent de concerter étroitement leurs initiatives et propositions en vue d’une mobilisation et coordination accrues de la communauté internationale en faveur de la Méditerranée.

3) Fortes de la densité de leur coopération bilatérale, en particulier entre industries de défense, la France et l’Italie réaffirment par ailleurs leur attachement au renforcement de la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) et la nécessité de consolider cette dernière. Dans ce cadre, la France et l’Italie soulignent leur soutien à l’approche exposée dans la lettre sur la défense européenne adressée à la Haute Représentante de l’Union européenne le 6 décembre dernier.

La France et l’Italie sont favorables au renforcement de la capacité de l’Union européenne à agir, dans la cadre d’opérations de PSDC, partout où la situation et les intérêts de l’Union européenne l’exigent et en mobilisant tous les instruments dont elle dispose. La France et l’Italie sont aussi convaincues de la nécessité de renforcer et développer, sur une base permanente, les structures existantes vouées à la capacité de planification et de conduite des opérations de l’Union européenne à Bruxelles.

Dans le domaine des capacités, la France et l’Italie sont convenues de soutenir le travail accompli par l’Agence européenne de Défense (AED), en appui des efforts des États membres, pour faciliter, dans les faits, un meilleur partage des tâches et une coopération accrue entre eux et dans le cadre UE-OTAN.

La France et l’Italie engagent la Haute représentante de l’Union européenne à présenter rapidement des propositions précises, en particulier un rapport d’étape sur les capacités et les opérations, la relation UE/OTAN et la capacité permanente de planification et de conduite des opérations, en vue de résultats concrets à arrêter au Conseil européen sous la Présidence polonaise de l’Union européenne, à laquelle ils apporteront tout leur appui pour des décisions concrètes dans ce domaine./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

Dernière modification : 20/10/2014

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