M. Sarkozy rencontre le Premier ministre du CNT (24/08/2011)

POINT DE PRESSE CONJOINT DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, NICOLAS SARKOZY, ET DU PREMIER MINISTRE DU CONSEIL NATIONAL DE TRANSITION LIBYEN, MAHMOUD JIBRIL

- PROPOS DE M. SARKOZY -

(Paris, 24 août 2011)

Mesdames et Messieurs, je voudrais souhaiter la bienvenue à Mahmoud Jibril, Premier ministre de la Libye libre et à sa délégation. C’est un grand honneur pour nous de recevoir M. Jibril qui faisait partie de ces téméraires de l’époque qui croyaient que la démocratie était possible aussi pour les Libyens. C’est un grand honneur pour Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, comme pour moi-même que la France ait choisi, dès le mois de mars dernier, de faire confiance au Premier ministre Jibril et au Conseil nationale de Transition. Je voudrais dire aujourd’hui que cette confiance a été bien engagée et que le Premier ministre, comme chaque fois qu’il est venu et comme tous ceux qui travaillent avec lui, nous les avons écoutés, nous avons dialogué et il s’est avéré que c’est un homme courageux et un homme de parole.

Sur cette question de la Libye, il est ainsi, me semble-t-il, mis à bas deux idées fausses. La première, c’est qu’il existerait certains peuples dans le monde qui n’auraient pas le droit à la démocratie, au nom d’une conception de la stabilité du monde qui a fait que, nous aussi en Europe, nous avons connu ces périodes où l’on considérait que la démocratie, c’était nécessaire à l’Ouest de l’Europe et puis c’était moins urgent à l’Est. Le courage du peuple libyen, cette ténacité à démontrer au monde que tous les peuples aspiraient à la liberté et à la démocratie.

Une deuxième idée fausse, c’est la très bonne nouvelle de ce qui se passe, c’est que l’Orient et l’Occident ne sont pas condamnés à s’affronter, que les peuples d’Europe et les peuples arabes ne sont pas condamnés au malentendu et à l’incompréhension. La France a choisi d’être aux côtés du peuple arabe, aux côtés de la rue arabe lorsqu’elle demande la liberté et la démocratie.
Je voudrais également dire toute ma reconnaissance, Monsieur le Premier Ministre, au ministre des Affaires étrangères français qui s’est battu avec beaucoup de talent dans une fameuse nuit au Conseil de sécurité pour obtenir l’autorisation, la légitimité internationale de l’intervention.

Je voudrais également dire combien la France a été heureuse de travailler, main dans la main, avec ses amis et ses partenaires britanniques, et notamment avec David Cameron qui a été, dans ces cinq derniers mois, un ami et un partenaire fiable, courageux et partageant pleinement nos analyses.

Je voudrais associer aussi l’Émir du Qatar, nos amis les Émirats arabes unis qui ont joué un rôle essentiel car ils ont montré que la coalition pour aider la Libye, ce n’était pas simplement une coalition occidentale, que c’étaient de toutes les régions du monde, qu’on voulait aider la Libye à se libérer des chaînes qui pesaient sur elle depuis quarante et un ans.

Et, bien sûr, je voudrais dire à tous nos alliés de la coalition, et notamment à l’OTAN, combien nous avons été heureux d’être à leurs côtés, ce qui me permet de dire que, la réintégration de la France dans les principaux comités de l’OTAN n’a en rien affaibli l’indépendance de la France, bien au contraire, puisque la France a été aux premières lignes naturellement durant les opérations militaires.

Je voudrais également vous dire, Monsieur le Premier Ministre, de la part du peuple français, l’admiration pour les habitants de Benghazi. Quand les avions français ont été, le fameux samedi du mois de mars, dans le ciel de Benghazi et qu’ils ont évité ce que M. Kadhafi promettait : « des rivières de sang », rivières qui n’ont pas coulé, nous avons vu le courage de la population de Benghazi. Je ne peux pas citer toutes les villes, mais je voudrais dire aussi que ce qu’ont fait les habitants de Misrata est tout à fait admirable. Et qu’il me soit permis de dire aux militaires français et à leurs chefs notre reconnaissance pour le professionnalisme de leur intervention, la grande maîtrise dont ils ont fait preuve. Certains parmi vous nous ont interrogés pour savoir : « est-ce que cinq mois, ce n’est pas trop long ? ». Durant toute cette période, notre préoccupation a été de faire le moins de victimes collatérales possible, pour employer un très vilain mot, d’éviter toutes bavures, comme nous l’avons choisi pour la Côte d’Ivoire.

Évidemment, dans des situations aussi complexes, on peut vouloir faire les choses de manière précipitée, mais imaginez l’impact qu’aurait représenté une école, un marché, des civils libyens qui auraient été frappés par des avions français, des hélicoptères français ou des forces de l’OTAN.

Enfin, je voudrais terminer en vous disant deux choses. La première, c’est que nous avons indiqué avec le ministre Alain Juppé au Premier ministre Jibril que nous sommes disposés à continuer les opérations militaires dans le cadre de la résolution des Nations unies, la 1973, tant que nos amis libyens en auront besoin, c’est-à-dire tant qu’il existera quelques poches de résistance, nous serons à votre disposition.

La deuxième chose, c’est que nous avons décidé, en plein accord avec David Cameron, de convoquer une grande Conférence internationale à Paris, sur laquelle travaille Alain Juppé, pour aider la Libye libre, la Libye de demain et pour bien montrer que nous passons vers l’avenir de l’époque de la collaboration militaire dans le cadre de la résolution, à l’époque de la collaboration civile pour bâtir la Libye de demain qui a des besoins très concrets, la France coordonnera notamment toutes les demandes de préfabriqués immenses de nos amis libyens pour que la rentrée scolaire en Libye puissent se faire dans de bonnes conditions, compte tenu du nombre d’écoles qui ont été détruites, puisque M. Kadhafi avait entreposé des forces armées, des mercenaires, des armes dans des hôpitaux et dans des écoles. De la même façon, nous veillerons à ce que des médecins et des moyens sanitaires français puissent aider à traiter les innombrables blessés, avec tous ces snipers, tous les mercenaires qui ont été depuis des mois en Libye.

Cette Conférence se tiendra le 1er septembre à Paris. Nous inviterons très largement l’ensemble de nos alliés, mais nous souhaitons très clairement aller au-delà pour bien montrer que la période du Groupe de contact et de la coalition militaire touche à sa fin et que c’est la période de l’avenir de la Libye libre qu’il convient aujourd’hui d’accompagner et, naturellement, le Premier ministre Jibril comme le président Abdeljalil sont invités ; ce sont nos amis libyens qui sont au centre de cette conférence pour dire au monde ce dont ils ont besoin.

Enfin, vous voyez qu’en Côte d’Ivoire un dictateur est parti, un président élu est en place. En Libye, c’est l’équipe du CNT qui va construire la Libye démocratique. Nous avons dit au Premier ministre combien nous étions attachés à un message de réconciliation, de rassemblement, combien nous lui faisions confiance pour qu’il n’y ait pas de règlement de compte parce qu’on ne répond pas à la violence par la violence, on ne combat pas la dictature avec les méthodes des dictateurs et je suis heureux de voir que l’engagement du Premier ministre est exactement dans cette direction. Tout ceci aura bien sûr des conséquences sur la Syrie car le peuple syrien voit le peuple libyen se libérer et le peuple syrien lui aussi a le droit d’être libre.
Aucune situation ne ressemble à l’autre et il ne s’agit pas naturellement de faire des interventions militaires à chaque fois. Il y a des organisations internationales, des résolutions mais sur le fond des choses, les Syriens ont aussi le droit à la démocratie et ils ne sont pas condamnés à être réprimés par un régime qui ne comprend pas que nous sommes dans un nouveau siècle.
(…)

Q - Est-ce que l’OTAN doit continuer ses opérations en Libye jusqu’à la capture de Kadhafi ? Est-ce que les conseillers militaires français qui agissent en Libye actuellement auront pour mission, par exemple, de participer ou de s’assurer que cette capture aura lieu ? Monsieur le Premier Ministre, est-ce que vous pouvez nous dire quelques mots sur le calendrier politique pour la transition en Libye et quand, selon vous, doivent se tenir les premières élections libres ? Et est-ce que vous considérez utile d’avoir une présence internationale en Libye ? Je pense notamment à des observateurs de l’ONU, des casques bleus ?

R - Je vais essayer de répondre le plus simplement. Les opérations militaires cesseront lorsqu’elles n’auront plus lieu d’être. Elles n’auront plus lieu d’être très exactement quand M. Kadhafi et ses séides ne représenteront plus une menace pour le peuple libyen. Nous agissons dans le cadre du mandat qui nous a été confié par l’ONU : protéger les populations civiles contre les forces de Kadhafi.
C’est un sujet que nous avons évoqué d’ailleurs avec le Premier ministre qui nous a dit très clairement les choses de ce point de vue, et donc en plein accord avec nos amis libyens : lorsque nous estimerons qu’il n’y a plus de menaces pour le peuple libyen, les opérations cesseront. Je précise d’ailleurs qu’à la Conférence internationale de Paris du 1er Septembre, le Secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon sera à Paris, je m’en suis entretenu avec lui très exactement avant-hier par téléphone. Je ne peux pas être plus précis, c’est très clair. À la minute où nos amis du CNT nous disent : « en accord avec le secrétaire général qu’il n’y a plus de menace du clan Kadhafi contre le peuple libyen », à cette minute là, les opérations militaires de la coalition s’arrêtent les soldats, les aviateurs, les marins français rentrent à la maison.
(…)

Q - Vous venez de dire les conséquences sur la Syrie de ce qui s’est passé en Libye, que le peuple Syrien a le droit d’être libre. Est-ce que vous pensez que le sort du président Bachar Al-Assad peut être le même que celui du colonel Kadhafi sans l’intervention de l’OTAN ? Selon vos informations sur Kadhafi, est-il à Syrte ou à l’extérieur de la Libye maintenant ? Où se trouve-t-il ?

(…)
R - Sur la Syrie, les conditions d’une intervention militaire ne sont pas réunies. Nous avons, je le répète, décidé d’utiliser l’armée française en Côte d’Ivoire comme en Libye à la suite d’une résolution internationale et que les choses soient très claires : la France n’interviendra pas sans résolution internationale. C’est la base. Cela ne veut pas dire que nous devons les laisser le peuple syrien se faire massacrer par un régime qui se disqualifie de jour en jour. Mais la France met sa force au service de la légalité internationale. Et c’est pourquoi, avec Alain Juppé, cela a été tellement important la victoire obtenue au Conseil de sécurité. Vous savez très bien que les conditions ne sont pas remplies. Mais chacun voit bien ce qui se passe. La Tunisie, l’Égypte, la Libye, des élections démocratiques en Afrique notamment en Côte d’Ivoire, les peuples du monde par le biais des nouvelles méthodes, de moyens de communication, voient ce qui se passe.

Et nous, nous avons fait un choix stratégique comme l’a dit le Premier ministre ; ce choix c’est : nous serons aux côtés de la rue arabe chaque fois que la rue arabe exigera la démocratie et la liberté. C’est très clair dans notre esprit.

Un nouveau projet de résolution est en cours de discussion s’agissant de la Syrie. Avec nos alliés américains, anglais et allemands nous avons appelé au départ du président Bachar Al-Assad. Nous avons tout fait pour ramener le régime syrien dans le camp des personnes respectables, ils n’ont pas voulu l’entendre. Le régime est condamné parce qu’aujourd’hui, au XXIème siècle, chacun doit comprendre que les dictateurs ne pourront pas compter sur la passivité internationale. Ce n’est pas à la France toute seule, elle n’en a pas les moyens, elle n’en a pas la volonté. Mais il y a maintenant des précédents, la Côte d’Ivoire et la Libye. Il ne s’agit pas d’engager des conflits. Mais nous ne céderons pas sur ces principes. Le peuple syrien a le droit à la liberté. Et je suis très heureux de voir d’ailleurs les déclarations multiples des dirigeants arabes qui vont dans le même sens. La solidarité dans l’Orient d’aujourd’hui va à la démocratie et à l’aspiration à la liberté, et pas simplement la stabilité.

Q- D’abord, si vous pouviez préciser le rôle des forces spéciales françaises sur le sol en Libye.

R - Il n’y pas de forces spéciales françaises au sol en Libye. Il y a en Libye, au sol, un ambassadeur. Je crois même que ce fut l’un des premiers qui a été envoyé. Il est à Benghazi et en attente de partance, comme on en a parlé ce matin avec Alain Juppé, pour Tripoli. Cet ambassadeur a des collaborateurs, nous avons des observateurs, parce que nous avons besoin de renseignements, mais il n’y a pas de forces spéciales. J’avais dit aux Français, comme M. Juppé, que dans le cas du mandat des Nations unies, nous ne déploierons pas de troupes au sol.

Q - Sur le plan diplomatique aux Nations unies, il y a certaines réticences au sein du Conseil de sécurité, notamment je pense aux Africains du Sud, comment allez-vous les convaincre de dégeler les fonds libyens ?

R - C’est tout l’objet de la Conférence internationale que nous organisons et c’est pourquoi nous voulons dans cette conférence aller bien au-delà des seuls membres du Groupe de contact. Quant à M. Zuma, vous savez l’amitié que j’ai pour lui, la confiance que j’aie en lui. Nous n’avons pas toujours eu les mêmes positions, rappelez-vous sur la Côte d’Ivoire aussi ; mais j’ai confiance dans les qualités d’homme d’État de M. Zuma qui voit la situation et qui voit que c’est le peuple libyen aujourd’hui qui exige le départ du dictateur Kadhafi. Et je connais l’histoire du président Zuma et je connais la volonté du parti du président Zuma d’écouter l’aspiration des peuples à se libérer de leurs chaînes. Je ne doute pas que nous trouverons un consensus, en tout cas notre intention c’est très clairement d’inviter nos amis chinois, nos amis russes, nos amis brésiliens, les indiens qui sont membres du Conseil de sécurité et dont nous aurons besoin parce que le dégel des avoirs libyens... Je veux dire d’ailleurs aux Français qu’il n’y a pas tellement besoin de mobiliser de l’argent ailleurs ; l’argent des caisses de M. Kadhafi doit servir au peuple libyen et ne doit pas dormir dans des banques de nos pays. Il se trouve là, l’argent, et toute notre idée justement c’est de le débloquer très rapidement pour qu’une fois que les combattants de la liberté reprendront leur place dans la vie civile, leurs salaires puissent être payés et qu’ils puissent avoir un avenir pour eux-mêmes et pour leurs familles. (…)./.

Source : site internet de la présidence de la République

Mis en ligne : 29.08.11

Dernière modification : 29/08/2011

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