Modernisation de l’Otan : des réformes aujourd’hui pour un résultat visible à long terme

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Quel bilan pouvez-vous dresser de votre mandat à la tête de ce commandement stratégique de l’Otan ?

La fonction de Commandant suprême allié Transformation implique un travail dans la durée dont la portée ne peut se mesurer qu’à moyen, voire très long terme. C’est pourquoi, au bout de ces trois années, il me semble un peu prématuré de vouloir dresser un bilan exhaustif de ce qui a été accompli. Néanmoins, il faut noter que, aujourd’hui, le Commandement allié Transformation (ACT) est impliqué dans la plupart des grands dossiers et se situe au cœur des sujets de préoccupation de l’Otan. Il a notamment contribué à la mise en place d’un grand nombre de réformes, qu’elles soient relatives à l’évolution de la structure de commandement, des agences, ou encore à l’élaboration du nouveau concept stratégique. Nous avons aussi beaucoup travaillé à la complémentarité entre l’Otan et l’Union européenne. Dans ce cadre, nous avons en particulier noué des relations étroites avec l’Agence européenne de défense, afin que les projets relatifs au renforcement et à la rationalisation des capacités militaires des alliés, initiés au sein de l’Otan dans le cadre du concept de « Smart Defence »(« Défense intelligente »), soient cohérents et complémentaires avec ceux développés au sein de l’Union européenne dans le cadre du « Pooling and sharing » (« Mutualisation et partage ») et qu’ils se renforcent mutuellement, prouvant ainsi que le développement capacitaire au sein de l’Otan contribue indirectement à celui de l’Union européenne.

Qu’en est-il des projets mis en œuvre dans le cadre l’initiative que vous avez tant soutenue de « Smart Defence » ?

La plupart de ces projets de long terme ayant été lancés lors du sommet de Chicago en mai dernier, rares sont ceux à avoir déjà abouti, mais nous sommes sur la bonne voie. Nous avons, par exemple, mis en place un projet relatif au soutien médical en opérations en totale complémentarité avec l’Union européenne. Nous avons également travaillé à une meilleure coordination des avions de patrouille maritime des alliés, domaine pour lequel une cellule d’activation a été mise en place depuis le mois de juillet. Nous suivons aussi l’adoption de standards communs pour une interface universelle d’armement des avions de combat et un projet majeur de renseignement, surveillance et acquisition, porté de concert par la France et les Etats-Unis. Ce ne sont là que quelques exemples car vingt-quatre projets sont déjà en cours de mise en œuvre, auxquels dix autres devraient venir s’ajouter d’ici la fin de l’année. Au total, ce sont près de cent-cinquante idées qui sont en cours d’exploitation avec une forte adhésion des nations en charge de leur développement. Il faut noter que la France est l’une des nations les plus impliquées.

Peut-on considérer qu’ACT prend d’autant plus d’ampleur avec l’élargissement de ses prérogatives à la formation ?

Les nations sont responsables de la formation et de l’entraînement militaire de base. ACT, de son côté, était jusqu’à présent en charge de la formation individuelle pour donner la culture et les connaissances essentielles pour opérer dans un environnement Otan. Depuis juillet 2012, nous avons aussi pris la responsabilité de l’organisation de l’entraînement et des exercices collectifs (c’est-à-dire en unités), géré auparavant par le Commandement allié Opérations. Cet élargissement du champ d’action d’ACT, est à mon sens bénéfique pour tous, car il permet de gagner tant en efficacité qu’en coûts.

D’après-vous, quels dossiers attendent votre successeur désigné, le général Jean-Paul Paloméros ?

Comme je vous l’ai dit, cette nomination, comme les dossiers qui attendent mon successeur, s’inscrivent dans la continuité et la durée. Il faut noter que le rôle et l’importance centrale d’ACT vont croissants. Le général Paloméros aura la charge de mener à bien, de front, les initiatives « Smart Defence » et « Connected Forces » (« Forces Connectées »), dont l’objectif est de maintenir l’interopérabilité de nos forces malgré une baisse probable du rythme opérationnel dans les années à venir. Concrètement, l’enjeu d’ACT est de s’assurer de l‘efficacité au combat des forces qui pourraient être engagées par nos nations dans une opération de l’Alliance, et ce dans un contexte global de crise économique et de baisse des budgets de défense.
Comment analysez-vous le maintien d’un officier français à cette fonction stratégique de l’Alliance Atlantique ?

SACT, à l’instar de son homologue américain SACEUR, est l’un des deux grands commandeurs stratégiques de l’Otan. Cette fonction offre une très forte visibilité à la personne qui l’occupe et à la nation dont il est issu : il n’est donc pas anodin qu’elle soit confiée à un Français. Il n’est pas non plus anodin que ce soit un Français, un Européen, qui porte la voix de l’Otan sur le territoire américain. La France en prenant ce poste en 2009 a montré qu’elle voulait être un acteur majeur de la transformation de l’Otan. Nous l’avons vu, de nombreux chantiers clés sont en cours. Il est donc logique que notre pays ait souhaité conserver ce poste dans la nouvelle structure de commandement.

Sources : EMA

Droits : Ministère de la Défense

Dernière modification : 28/09/2012

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