Otan : la France veut faire entendre sa différence tout en restant solidaire

Le président Jacques Chirac doit à nouveau faire entendre la différence de la France sur l’avenir de l’Otan lors du sommet de l’organisation mardi et mercredi à Riga, tout en acceptant de renforcer la solidarité avec ses alliés sur le terrain en Afghanistan. Au moment où l’Alliance joue une des parties les plus difficiles de son histoire en Afghanistan, la France souhaite infléchir une stratégie qu’elle juge trop exclusivement militaire. M. Chirac doit ainsi proposer la création d’un "groupe de contact" qui devrait être un lieu de coordination politique et servir à orienter l’action de tous les pays engagés, a-t-on indiqué dans l’entourage du président français. Ce groupe de contact réunirait les principaux contributeurs de troupes, les pays de la région - y compris l’Iran - ainsi que les grandes organisations internationales comme l’Union européenne, la Banque mondiale... A Paris, on estime que l’aggravation de l’insécurité dans le pays fait courir le risque de passer d’une opération de maintien de la paix à une opération d’imposition de la paix. "Beaucoup de nos partenaires mesurent bien que la dimension militaire de la sécurité en Afghanistan est un élément clé, mais qu’il ne peut y avoir une réponse seulement militaire", a affirmé le porte-parole du ministère de la Défense Jean-François Bureau. Plutôt que d’accroître encore le nombre de troupes en Afghanistan, où la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF) compte déjà 32.000 hommes de 37 pays, la France préconise de renforcer le soutien au gouvernement du président Hamid Karzaï, à la formation de la police et de l’armée ou à la lutte contre la production de drogue. Mais, face à l’appel insistant de ses alliés, notamment britanniques, dont les soldats livrent de durs combats contre les talibans dans le sud, M. Chirac devait indiquer à Riga que la France était prête à faire jouer la solidarité en faisant une entorse à son refus d’envoyer des troupes en dehors de Kaboul, où 1.100 soldats français sont déployés. Les soldats français pourront désormais sortir de la capitale pour porter assistance en cas d’urgence aux alliés, mais seulement au cas par cas et sur décision du commandement français, insiste-t-on à l’Elysée. Plus généralement, la France ne veut pas que l’Otan se transforme en une alliance mondiale, au risque de devenir "un club occidental de sécurité" qui étendrait son influence dans le monde, au détriment notamment des Nations Unies. "L’Otan n’a pas vocation à être le gendarme du monde et n’a pas vocation non plus à être une grande alliance des démocraties", a dit la semaine dernière le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Jean-Baptiste Mattéi. Pas question que l’Otan intervienne dans des crises hors d’Europe comme le souhaitent les Etats-Unis, l’Afghanistan étant un cas particulier aux yeux de la France, et qu’elle étende ses missions à des opérations politico-humanitaires, comme au Darfour. Paris est aussi très réservé sur un élargissement de l’alliance à l’Ukraine et à la Géorgie. Les responsables français rappellent souvent que l’Otan doit rester une alliance de sécurité collective entre pays européens et nord-américains. Souvent accusée de jouer les trouble-fêtes, la France - membre de l’Alliance atlantique mais pas du commandement militaire intégré - "est sur le terrain et a donc son mot à dire", étant l’un des tout premiers contributeurs de troupes à l’Otan, se défendent les diplomates français.

Par Michel LECLERCQ

Dernière modification : 23/01/2008

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