- Projet de loi de finance 2008 Défense - Allocution du Ministre de la Défense, M. Hervé Morin, à l’Assemblée Nationale

(Paris, 14 novembre 2007)

(extraits)

(...) Notre outil de défense est confronté à de nouveaux enjeux, à de nouvelles menaces - Jean-Michel Boucheron a évoqué la prolifération et le terrorisme - et à de nouveaux impératifs stratégiques qui nous imposent de réfléchir à nos ambitions et aux moyens d’adapter nos armées aux évolutions de la situation internationale, actuelles et à venir. Or l’état des lieux que j’ai lancé à la demande du président de la République et du Premier ministre, à mon arrivée au ministère, a montré - pourquoi s’en cacher ? - que nous nous inscrivons dans une trajectoire très problématique de dépenses, en raison de l’acquisition et du remplacement des capacités nécessaires pour atteindre le modèle 2015. A contrats opérationnels inchangés, les besoins en crédits d’équipement de 2009 à 2013 seraient en moyenne supérieurs de 40 % en volume aux crédits ouverts entre 2003 et 2007. L’effort réalisé pendant cette dernière période était absolument indispensable, mais nous devons renouveler, comme c’est le cas tous les vingt ou trente ans, la quasi-totalité du parc de nos grands équipements. Voilà pourquoi nous sommes confrontés aujourd’hui à cette fameuse bosse dont parlait le président Teissier. La moyenne annuelle des crédits de paiement dont nous aurions besoin jusqu’en 2015 se situerait donc aux alentours de 22 milliards d’euros. Avec un niveau de ressources de l’ordre de 2 % du PIB - 1,65 % selon M. Viollet, 1,71 % selon les normes de l’OTAN, voire 1,91 % - l’enjeu pour la défense consistera à la fois à maintenir la cohérence d’ensemble de ses capacités, à garantir les normes d’activité et d’entraînement et à continuer d’améliorer la condition militaire. Atteindre ces objectifs implique nécessairement de réévaluer nos choix capacitaires et de mener à bien de nouvelles transformations de l’organisation et des implantations de nos armées, notamment en resserrant notre dispositif de soutien et d’administration au profit des unités opérationnelles. Les voies de rationalisation sont connues, je voudrais cependant vous les rappeler.

(...) J’évoque enfin (...) la question de l’OTAN. Il faut situer les choses en perspective. Depuis une quinzaine d’années, la France a parcouru un chemin important après la décision prise en 1966 par le général de Gaulle. Nous participons à toutes les opérations militaires de l’OTAN depuis le milieu des années quatre-vingt-dix. Nous sommes contributeurs de son budget à hauteur de 13 %. Nous participons à l’ensemble de ses organisations - sauf deux : le groupe des plans nucléaires et le comité des plans de défense. Nous sommes donc déjà largement engagés au sein de l’OTAN à travers notre participation militaire aux opérations, notre présence au sein des organismes de l’OTAN et notre contribution budgétaire. Le président de la République a clairement indiqué que le développement de l’Europe de la défense est la priorité absolue de la France. J’ai eu l’occasion de le dire et de le redire au secrétaire à la Défense américain Robert Gates, il y a une huitaine de jours. Les Etats-Unis doivent sortir de la contradiction dans laquelle ils tombent trop souvent en reprochant aux Européens de ne pas faire l’effort nécessaire pour assurer eux-mêmes leur propre sécurité et, en même temps, de regarder nos efforts pour construire l’Europe de la défense avec la plus grande circonspection, pour m’en tenir au vocabulaire diplomatique. On ne peut pas demander à un enfant de savoir marcher, et, chaque fois qu’il s’y essaie, lui dire que, finalement, ce n’est peut-être pas une bonne idée. Aborder la question des relations de la France avec l’OTAN, c’est plus que se demander s’il doit y avoir, oui ou non, intégration. Il faudrait d’ailleurs que vous m’expliquiez précisément, en termes militaires, quelles conséquences si néfastes pour la France vous entrevoyez si nous décidons de réintégrer le commandement de l’OTAN. Nous ne ferons pas avancer l’Europe de la défense si nous la jouons contre l’OTAN. Je me permets de vous rappeler que vingt et un Etats membres de l’Union européenne sont membres de l’OTAN. Nous ne ferons pas avancer l’Europe de la défense si la France n’explique pas clairement que celle-ci est complémentaire de la structure de l’OTAN, que c’est une capacité autonome que l’Europe se donne. Pour l’instant, nous ne sommes pas autonomes. Nous voulons que l’Europe puisse mener des opérations militaires de manière autonome. Cela ne se fera que si nos partenaires européens ont la conviction que nous ne jouons pas l’Europe de la défense contre l’OTAN parce que, depuis 1949 ou 1950, nos partenaires européens considèrent que l’OTAN leur assure la sécurité, et ils ne quitteront pas l’organisation. C’est pourquoi nous devons clairement indiquer que l’Europe de la défense est notre priorité et qu’elle est complémentaire de l’OTAN. Nos partenaires européens n’ont pas le sentiment que l’un se construit au détriment de l’autre./.

Dernière modification : 22/11/2007

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