Reunion ministerielle informelle de l’OTAN conférence de presse du Ministre des Affaires Etrangeres, M . Philippe DOUSTE-BLAZY

Je voudrais dire que je suis très heureux d’être ici à Sofia. Je remercie chaleureusement nos amis bulgares pour leur accueil et je voudrais aussi dire ma solidarité, ma sympathie vis-à- vis du peuple bulgare, du gouvernement bulgare, ainsi que des victimes des inondations et des catastrophes naturelles.
Notre réunion d’aujourd’hui est une étape importante dans la préparation du Sommet de l’OTAN de Riga. Nous avons évoqué cet après-midi trois grands sujets qui seront abordés à Riga : la modernisation militaire de l’Alliance, l’élargissement et les partenariats.
Concernant le premier grand sujet, la modernisation militaire, c’est dans les opérations militaires que se joue la crédibilité de l’Alliance. C’est pourquoi je crois que notre priorité doit être de continuer à renforcer nos capacités militaires. Beaucoup a été fait depuis Prague. Le principal acquis est la mise en place de la Force de réaction rapide de l’OTAN, la NRF, mais il faut bien sûr poursuivre les efforts engagés. La France prend toute sa part dans cet effort. Elle est l’un des tout premiers contributeurs dans les opérations de l’OTAN, en particulier au Kosovo et en Afghanistan, et, bien sûr, à travers sa participation à la NRF.
Le deuxième grand message qui sera abordé à Riga concerne l’élargissement. L’Alliance demeure collectivement engagée par la promesse d’accueillir tous les Etats démocratiques européens qui le souhaitent dès lors qu’ils en remplissent les conditions. C’est le principe de la porte ouverte. Les Alliés ont salué les progrès accomplis par les pays qui aspirent à rejoindre l’Alliance, mais aucune date n’a été avancée pour le lancement d’invitations formelles. La discussion se poursuivra donc à Riga.
Troisième sujet qui sera discuté à Riga, les partenariats. La relation de l’OTAN avec les partenaires est un des éléments de l’effort d’adaptation de l’Alliance. Je pense que notre objectif ne doit pas être de créer de nouvelles catégories de pays partenaires ou de chercher, par principe, à en étendre le réseau. Notre objectif est d’améliorer concrètement notre capacité à agir avec des pays quand ceux-ci participent aux opérations de l’OTAN. Nous devrons également dans cette relation veiller à préserver la spécificité de la relation établie entre l’OTAN et l’Union européenne.

Je souhaiterais également vous dire que j’ai eu l’occasion de m’entretenir cet après-midi avec le Premier ministre bulgare, M. Stanichev. Cet entretien a confirmé la grande qualité de nos relations. Je tiens également à souligner mes très bonnes relations avec le ministre des Affaires étrangères, mon ami M. Kalfin, que j’ai vu il y a un mois à Paris.

Mais en terminant cette introduction, je voudrais vous dire combien je condamne l’arrestation de M. Milinkevitch au Belarus. Cette arrestation est une nouvelle atteinte aux libertés au Belarus. Je demande sa libération immédiate.

Q - J’ai deux questions, la première concernant les partenariats. Quand vous dites qu’il faut privilégier les contacts avec des pays qui participent à des missions, voulez-vous dire par là que vous êtes opposé à la mise en place de structures plus formelles avec des pays comme l’Australie ou la Nouvelle-Zélande ? La seconde concerne le Darfour, je voudrais savoir, quel rôle vous envisagez pour l’OTAN au Darfour. Voulez-vous qu’il reste ce qu’il est actuellement ou qu’il soit plus important comme le souhaite les Etats-Unis ?

R - Concernant les partenariats, il est très important de bien comprendre ce que souhaite la France. Elle souhaite d’abord que l’OTAN reste fidèle à son esprit. Nous pouvons parler de tout ce qui touche à autre chose que le coeur même de l’OTAN au niveau des chefs d’Etats et de gouvernement à Riga. Nous avons une discussion informelle ici. Il me paraît important aussi - je l’ai dit tout à l’heure lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères - de bien garder cet esprit, de ne pas élargir trop. L’OTAN doit rester une alliance militaire. Elle doit être aujourd’hui tout à fait ciblée sur les sujets militaires.
Sur le Darfour, compte tenu de la situation humanitaire et du risque de déstabilisation régionale, je suis inquiet, comme l’ensemble de la communauté internationale. La reprise par les Nations unies de l’opération de l’Union africaine au Darfour doit être bien préparée et est essentielle pour la stabilité de la région. L’OTAN doit contribuer à cela en soutien des Africains et -je tiens bien à le souligner- si ces derniers le souhaitent. Nous devrons cependant bien vérifier que nous disposons des moyens requis si des actions nouvelles sont envisagées. L’Union européenne continuera d’apporter elle aussi sa contribution.

Q - Nous sommes ici dans un pays ancien membre du pacte de Varsovie et l’OTAN déclare maintenant qu’elle maintient ses portes ouvertes à d’autres pays, notamment l’Ukraine, la Géorgie et, d’autre part, qu’elle ambitionne d’avoir des relations plus étroites avec d’autres pays, le Japon, la Corée, l’Australie. N’est-ce pas un scénario un peu menaçant pour la Russie ?

R - Concernant l’Ukraine, c’est un partenaire stratégique essentiel pour l’OTAN. Nous apportons notre soutien à la poursuite du dialogue intensifié avec ce pays, conclu il y a tout juste un an. Toutes les potentialités de dialogue intensifié sont très loin d’être épuisées. Une décision d’élargissement est cependant une décision lourde, importante pour la sécurité de tout le continent européen. Il appartient au pays candidat de faire la preuve de sa capacité à rejoindre l’OTAN. Nous ne fermons aucune perspective et nos décisions devront être le moment venu soigneusement pesées. Nous ne connaissons pas les choix du futur gouvernement ukrainien. Les élections de mars dernier constituent une étape importante. Nous encourageons le prochain gouvernement à poursuivre la réforme de sa défense, à consolider l’Etat de droit dans la démocratie et à contribuer à la stabilité régionale.
Concernant la Géorgie, nous connaissons les aspirations euro-atlantiques de ce pays et nous sommes bien conscients des efforts que la Géorgie accomplit à cette fin. La réunion informelle que nous avons ici à Sofia nous a donné l’occasion d’un premier échange sur la possibilité d’ouvrir un dialogue intensifié avec la Géorgie. Je ne crois pas qu’il faille anticiper les décisions qui seront prises lors du Sommet de Riga. Encore une fois, nous reviendrons dans quelques mois sur ce sujet. Je saisis cette occasion, en revenant sur une précédente question concernant les partenariats, pour redire que notre objectif n’est pas de créer de manière abstraite de nouvelles catégories de pays partenaires ou de chercher par principe à en étendre le réseau. Notre objectif est d’améliorer concrètement notre capacité à agir avec les pays qui participent aux opérations de l’OTAN. Pour les pays qui contribuent avec des troupes à nos opérations, il serait utile d’améliorer nos procédures de consultation avec eux.

Q - Mme Rice disait tout à l’heure que l’Iran n’allait pas remplir les conditions fixées et qu’il était nécessaire que le Conseil de sécurité des Nations Unies, pour être crédible, prenne des décisions. Quelle est votre position sur le sujet ?

R - Concernant l’Iran, la situation actuelle est grave et préoccupante. Le rapport que M. El Baradei rendra demain sera déterminant. Malheureusement, aucun élément dont nous disposons à ce jour ne laisse penser que l’Iran s’est conformé aux demandes de la communauté internationale qui, comme vous le savez, demande à l’Iran de suspendre toute activité nucléaire sensible, notamment toute activité d’enrichissement, y compris à des fins de recherche. Face à l’attitude de Téhéran et à l’accélération de ses programmes, nous devons envoyer un signal rapide et ferme du Conseil de sécurité. Nous entendons maintenir trois principes. D’abord la fermeté dans l’action : l’Iran doit suspendre toute activité nucléaire sensible. Ces activités ne répondent aujourd’hui à aucun besoin civil comme le souligne M. El Baradei. Le deuxième principe est que la porte doit rester ouverte à la possibilité de relations de coopération dès lors que l’Iran aura répondu aux demandes de l’AIEA. Troisième principe : la détermination à agir de manière responsable dans le cadre de notre système multilatéral de sécurité collective. C’est dans cet esprit de fermeté et d’unité que les Européens abordent les prochaines étapes au Conseil de Sécurité.

Q - Quand vous dites que l’on doit maintenir la porte ouverte à la négociation, doit-on évoquer la possibilité d’un dialogue direct entre les Etats-Unis et l’Iran, dans le contexte des garanties de sécurité pour l’Iran ?

R - Il s’agit pour nous de donner toute l’autorité politique à l’AIEA. L’esprit européen a été suivi par la communauté internationale pratiquement à l’unanimité, en particulier au mois de septembre, puis au mois de mars. Il y a dons bien cette envie, cette nécessité de donner, via le Conseil de sécurité de l’ONU, toute l’autorité politique à l’AIEA. A partir de là, il y a deux éléments majeurs. D’un côté, maintenir l’unité et la fermeté de la communauté internationale qui doit demander à l’Iran d’arrêter toute activité nucléaire sensible ; et en même temps, faire ce que les Européens ont fait depuis plusieurs mois, voire depuis trois ans, à savoir dire à l’Iran : vous avez le droit d’avoir des activités nucléaires civiles, à des fins pacifiques - vous avez signé le traité - et il est très important que dans ce cadre nous puissions aborder de manière diplomatique des accords, à condition d’arrêter toute activité nucléaire sensible.
Ensuite, vous me demandez si les rapports diplomatiques sont par définition des rapports bilatéraux. C’est le sens de votre question. Nous, dans la diplomatie, nous pensons avant tout au multilatéral. Nous y croyons. Nous croyons à la Charte des Nations unies, au Conseil de sécurité et à l’AIEA. C’est dans ce cadre qu’il faut régler le problème de l’Iran et de la crise nucléaire iranienne. Il est évident que tous les contacts sont par définition les bienvenus s’ils permettent d’éviter les crises. Evidemment, je ne vois que des avantages à ce que les uns et les autres puissent se parler surtout dans les périodes de crise. Ce n’est que par le dialogue que l’on sortira de cette crise./.

II.- REUNION MINISTERIELLE INFORMELLE DE L’OTAN
ENTRETIEN DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES,
M. PHILIPPE DOUSTE-BLAZY, AVEC LE QUOTIDIEN BULGARE "TROUD"
(Sofia, 28 avril 2006)

Q - Quel est votre commentaire concernant le projet de transformer l’OTAN en un système de sécurité globalisée qui inclurait d’autres pays comme l’Australie, l’Israël, etc. ?

R Notre réunion d’aujourd’hui est une étape importante dans la préparation du Sommet de l’OTAN à Riga. Nous évoquerons notamment la modernisation militaire de l’Alliance et les partenariats. C’est dans les opérations militaires que se joue la crédibilité de l’Alliance. C’est pourquoi je crois que notre priorité doit être de continuer à renforcer nos capacités militaires.
Notre objectif doit être d’améliorer concrètement notre capacité à agir avec des pays, quand ceux-ci participent aux opérations de l’OTAN. Pour les pays qui contribuent avec des troupes à nos opérations, il serait par exemple utile d’améliorer nos procédures de consultation avec eux. Nous devons aussi veiller à préserver la spécificité de la relation établie par l’OTAN avec l’Union européenne pour la gestion des crises./.

III.- REUNION MINISTERIELLE INFORMELLE DE L’OTAN
ENTRETIEN DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES,
M. PHILIPPE DOUSTE-BLAZY,
AVEC LE QUOTIDIEN BULGARE "STANDART" (Sofia, 28 avril 2006)

Notre réunion, à Sofia, marque le lancement de la préparation du Sommet de l’Alliance atlantique qui se tiendra à Riga en novembre prochain.
Je souhaite, dans cette perspective, mettre l’accent sur la nécessité pour les Alliés de réfléchir ensemble aux moyens d’adapter l’OTAN au nouvel environnement de sécurité.
Des efforts réels ont été entrepris par les Alliés au cours des dernières années, notamment avec la mise en place de la Force de réaction de l’OTAN, la NRF. Beaucoup reste à faire et il faut examiner ce qui peut être amélioré.
Nous devons en particulier poursuivre nos efforts pour assurer le succès des opérations que l’OTAN conduit actuellement, notamment au Kosovo et en Afghanistan.
La France est un des principaux contributeurs à ces opérations, ainsi qu’à la Force de réaction de l’OTAN. Je crois que c’est dans des actions concrètes comme celles-là que l’OTAN peut jouer tout son rôle au service de la paix et de la sécurité.
Notre réunion à Sofia sera aussi l’occasion d’un dialogue avec l’Union européenne qui apporte, elle aussi, une contribution croissante à la sécurité et à la stabilité dans le monde./.

Dernière modification : 17/01/2008

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