Tribune du ministre de la Défense, Mme Michèle ALLIOT-MARIE, dans le quotidien " Le Figaro "

(Paris, 30 octobre 2006)

L’Otan doit rester une organisation euro-atlantique

Le terrorisme se développe de façon inquiétante. Les risques de prolifération d’armes de destruction massive sont accrus, tandis que se multiplient les crises régionales mettant en cause la stabilité et la sécurité mondiale. La France, membre fondateur de l’Alliance, contributeur majeur de troupes de l’Otan, prendra toute sa part pour que le Sommet de l’Alliance à Riga, fin novembre, puisse renforcer la solidité de l’Alliance dans un monde devenu incertain voire dangereux.

Les chefs d’Etat et de gouvernement saisiront l’occasion de cette rencontre pour tracer un bilan des opérations dans lesquelles l’Otan est engagée, en particulier l’Afghanistan et le Kosovo. La situation y est difficile et la crédibilité de l’Organisation est engagée dans ces deux missions. Riga doit donc permettre de donner les impulsions nécessaires pour que nous réussissions ensemble l’une et l’autre.

La Force de réaction rapide de l’Otan (NRF) constitue le symbole de l’adaptation de l’Alliance aux nouvelles exigences de la sécurité et démontre sa capacité à se projeter rapidement pour prévenir une crise. Sa pleine opérationnalité devra être entérinée. En y contribuant largement, la France témoigne sa confiance dans l’utilité d’une alliance militaire entre l’Europe et l’Amérique du Nord pour préserver nos valeurs et nos intérêts communs.

Aujourd’hui, cependant, certains s’interrogent sur l’opportunité d’étendre les missions de l’Otan dans deux directions : l’une géographique, en développant le partenariat avec de nouveaux pays ; l’autre fonctionnelle, en opérant dans le domaine civil, notamment dans la reconstruction de pays sortis de crise.

Sur le plan géographique, il convient en effet de reconnaître la contribution apportée par des pays non membres de l’Alliance aux opérations militaires de celle-ci. Ainsi en est-il de l’Australie ou du Japon en Afghanistan, selon des modalités différentes d’ailleurs. Je pense souhaitable d’améliorer les modalités pratiques de leur association aux opérations, sans pour autant changer la nature profonde de l’Otan qui doit, à mes yeux, demeurer une alliance militaire euroatlantique.

Le développement d’un "partenariat global" risquerait en effet d’une part de diluer la solidarité naturelle entre Européens et Américains du Nord dans un ensemble flou, mais aussi et surtout d’adresser un mauvais message politique : celui d’une campagne à l’initiative des Occidentaux contre ceux qui ne partagent pas leurs conceptions. Quel prétexte offririons-nous ainsi aux tenants de la thèse du conflit des civilisations ! Cela serait parfaitement antinomique avec notre vision d’un monde multipolaire reposant sur le dialogue et le respect de l’autre.

Je suis par ailleurs favorable à une articulation, qui me paraît nécessaire, entre mission militaire et mission d’assistance et de reconstruction, dans le cadre d’une stratégie globale, comme en Afghanistan où il est clair qu’une approche exclusivement militaire ne saurait suffire. Dans certains cas, certains estiment que la force sur le terrain est la seule à même de l’assurer. Pour autant, les missions de reconstruction doivent impérativement relever d’organisations qui en ont la compétence - en particulier l’ONU et l’Union européenne.

Transformer l’Otan en une organisation ayant pour mission de reconstruire l’économie en même temps que la démocratie ne correspond ni à sa légitimité ni à ses moyens. Faisons bien attention à ne pas diluer l’Alliance dans des missions floues où elle perdrait son âme et son efficacité. L’Otan se plaint déjà de ne pas avoir les moyens d’accomplir ses missions militaires. Il serait irresponsable de la pousser à s’engager dans des missions excédant ses moyens.
Je me félicite de ce que la coordination entre l’Union européenne et l’Otan fonctionne de façon satisfaisante. La relation entre l’Europe de la Défense et l’Otan doit se bâtir sur la complémentarité. A titre d’exemple, l’Union européenne conduit l’opération Eufor en République démocratique du Congo afin d’aider à la stabilité du pays et permettre la tenue d’élections dans ce pays longtemps ravagé par la guerre, l’Allemagne assurant la commande de l’ensemble de la mission tandis que la France est à la tête des troupes depuis Kinshasa. Je partage en outre le souci de nos partenaires de ne pas dupliquer les moyens entre les deux organisations. En effet, les moyens militaires restent pour l’essentiel nationaux et aucun de nos pays - pas même les Etats-Unis - ne peut se permettre de dupliquer ses capacités. Il me semble que la réponse à cette préoccupation légitime n’est pas tant dans l’appel incantatoire à un renforcement de la coordination entre l’Union européenne et l’Otan mais bien plutôt dans la flexibilité des procédures d’emploi des moyens militaires, afin que ceux-ci puissent être utilisés dans tous les cas de figure : à titre national, dans le cadre d’une coalition ad hoc, dans le cadre de l’Union européenne, de l’Otan ou de l’ONU. Telle est bien la meilleure façon d’optimiser les ressources consacrées à la Défense.

Nous avons donc besoin autant de l’Alliance atlantique que de l’Europe de la Défense pour faire face ensemble à la multiplication des crises. L’essentiel est de disposer des moyens nécessaires, et j’appelle mes partenaires européens à renforcer, comme nous le faisons, leur effort en matière de Défense. L’accroissement des capacités européennes est nécessaire au renforcement du pilier européen de l’Alliance, condition elle-même indispensable à un partenariat équilibré entre les Etats-Unis et l’Europe et une répartition équitable des responsabilités en matière de sécurité. Un partenaire européen fort constitue la meilleure garantie de la pérennité du lien transatlantique. Il en va donc de l’intérêt des Européens comme des Américains.

Un grand défi nous attend dans les Balkans occidentaux, où l’Union européenne s’est engagée à accompagner le cheminement du Kosovo vers son statut final. Elle doit se préparer à une relève de l’Otan sur le modèle de ce qui a été entrepris en Bosnie. La France y prendra, bien sûr, toute sa part.

C’est en s’engageant ainsi que l’Union européenne apportera sa pleine contribution à la solidarité transatlantique qui est un des éléments constitutifs de notre sécurité. Riga doit marquer une nouvelle étape dans l’adaptation de l’Alliance. Ce résultat, nous l’obtiendrons en préservant la légitimité même de l’Otan, en tant qu’organisation militaire garante de la sécurité collective des alliés européens et nord-américains. Chercher à engager l’Alliance dans des missions non militaires, dans des partenariats à la carte, dans des aventures technologiques, dans un élargissement insuffisamment préparé, ne pourrait que dénaturer sa vocation et, au bout du compte, diminuer son efficacité./.

Dernière modification : 23/01/2008

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