-Voeux du Ministre de la Défense, Mme Michele ALLIOT-MARIE

Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs, Messieurs les attachés de Défense,
Pour la quatrième année consécutive, j’ai le plaisir de vous présenter mes voeux très sincères et chaleureux : des voeux de santé, de bonheur et de réussite, à vous et vos familles. Je vous prie de transmettre ces voeux aux gouvernements des pays que vous représentez.
L’année 2005, sur le plan international, a été une année difficile. Des actes terroristes ont, cette année encore, endeuillé de nombreux pays. Les crises ont été nombreuses, qu’elles se créent ou qu’elles perdurent. Des populations ont été durement touchées par des catastrophes naturelles. Heureusement, l’année 2005 a aussi éveillé des espoirs, espoirs de réconciliations, de reconstructions, de transitions démocratiques.
En tout état de cause, elle a confirmé une tendance profonde : les questions de sécurité et de défense sont de plus en plus présentes sur la scène internationale. Il y a vingt ans, la défense nationale recouvrait essentiellement la défense de notre territoire contre les risques d’invasion. Aujourd’hui, avec les menaces diffuses et transfrontalières que constituent le terrorisme, la prolifération ou les retombées des crises régionales, les questions de sécurité sont au coeur de l’actualité.
Elles sont une préoccupation constante de nos peuples. Notre responsabilité de politiques, votre responsabilité de militaires, est d’y répondre. Si la réponse aux menaces et aux crises n’est pas que militaire, elle est nécessairement largement militaire. Dès lors nous devons disposer d’un outil de défense efficace ; mais au- delà des efforts de chacun, la réponse doit être collective.
La France s’est dotée des moyens d’apporter une réponse forte aux crises. Elle assume ses responsabilités au service de la paix et de la sécurité dans le monde.
En Afghanistan, les militaires français sont engagés pour circonscrire les foyers terroristes, reconstruire le pays, contribuer à la formation de l’armée nationale afghane. Nous serons amenés à renforcer notre présence cette année, notamment pour assumer le commandement de la région de Kaboul.
En Côte d’Ivoire, la présence française contribue avec la force de l’ONUCI à la sécurisation du pays, au maintien de son unité et à la préparation des élections sous l’égide du nouveau gouvernement de transition.
Dans les Balkans nous aidons, aux côtés de nos alliés, à la restauration de l’état de droit.
Au Kosovo, il ne faut pas baisser la garde avant l’aboutissement de la négociation sur le statut définitif. Au-delà, il faudra réfléchir au renforcement du rôle de l’Union européenne au Kosovo.
Dans les Caraïbes et l’Océan indien, il s’agit de priver terroristes et criminels des moyens d’agir, en contrôlant les trafics et les flux d’armement.
Au-delà de ces opérations et missions, la France participe activement à l’action internationale visant à lutter contre la prolifération des armes de destruction massive et des matières qui permettent leur fabrication. Mon pays est aujourd’hui préoccupé en particulier par les programmes nucléaires développés par l’Iran et la Corée du Nord. La France a, de concert avec ses partenaires européens, proposé à l’Iran un ensemble de mesures susceptibles d’écarter ces préoccupations et de renforcer la sécurité régionale. Cette action européenne est soutenue par la communauté internationale. Nous désapprouvons donc les décisions unilatérales prises récemment par l’Iran, en violation de l’accord de Paris de novembre 2004. La communauté internationale examine actuellement les réactions qu’appelle cette attitude. Nous mettons en garde l’Iran contre toute action susceptible d’aggraver la tension. Nous souhaitons que ce grand pays se comporte en acteur responsable de la communauté internationale.
Nous sommes ainsi présents dans de nombreux engagements internationaux. Pour continuer à assumer nos responsabilités, il faut donner à nos forces les moyens de leurs missions. Pour prévenir les risques, pour protéger nos ressortissants, pour faire face aux catastrophes humanitaires de grande ampleur, les militaires doivent posséder des moyens toujours plus efficaces et réactifs. Grâce à la loi de programmation militaire, la France a redressé son effort de défense. Cet effort doit impérativement se poursuivre dans la durée. Je continuerai à mener ce combat, pas seulement comme ministre de la Défense, mais également comme responsable politique, car je suis intimement convaincue de la nécessité d’un outil de défense crédible et efficace. La France et quelques autres pays donnent l’exemple en la matière. Je souhaiterais vivement que cet exemple soit suivi d’une façon plus générale. Certes, la Défense exige des efforts financiers importants. Mais c’est un enjeu essentiel qu’il nous faut expliquer à nos opinions publiques. Il est de notre responsabilité d’utiliser au mieux les finances qui nous sont allouées, en mutualisant les moyens et en trouvant des financements innovants. Il faut aussi veiller à la flexibilité des procédures, pour permettre l’utilisation de nos outils dans les différents cadres d’intervention, national ou multinational, en particulier l’ONU, l’Union européenne ou l’Alliance atlantique. Parce que les crises seront de plus en plus complexes, il faut aussi anticiper les défis à venir. Les crises de demain trouveront certainement leur origine dans les déséquilibres, toujours plus criants, entre les populations du monde. Les différences de développement démographique, les problèmes d’approvisionnement énergétique, de préservation de l’environnement et des ressources en eau : ce seront demain autant de risques de conflits. Nous devons nous préparer à y répondre avec tous nos moyens, politiques, diplomatiques, économiques, sociaux et militaires quand nécessaire.
La France, forte de son expérience, de son respect de la diversité, de ses responsabilités internationales et de son outil de défense, sera en première ligne dans ce combat. Pour autant, notre action pour répondre aux crises actuelles se doit d’être une action collective. Il faut pour cela améliorer les instruments de l’action internationale.
L’ONU est, et reste, la seule source de légitimité internationale. La crédibilité de l’organisation souffre toutefois aujourd’hui de deux problèmes : la représentativité du Conseil de sécurité et l’efficacité des opérations de maintien de la paix. Le Conseil de sécurité des Nations unies a besoin d’être rénové. Je trouve donc regrettable que les tentatives de réforme à l’initiative du Secrétaire Général n’aient pu aboutir. Nous devons aussi réfléchir à l’efficacité des forces de maintien de la paix de l’ONU. Les casques bleus, notamment en Afrique, font face à une double difficulté. Le mandat donné par le Conseil de sécurité n’est souvent pas suffisamment clair quant aux règles d’engagement. Cela a déjà posé de nombreux problèmes. De plus, les forces de l’ONU sont trop composites et parfois difficilement opérationnelles. Je me réjouis qu’une réflexion soit engagée pour renforcer l’efficacité de ces forces, car il est impératif que l’ONU ait les moyens militaires de faire respecter les résolutions du Conseil de sécurité. Des résolutions sans application, c’est une institution décrédibilisée.
L’OTAN doit, de son côté, poursuivre la modernisation de ses structures. La France a toujours soutenu l’effort de transformation de l’OTAN, afin de rendre cette organisation militaire moins bureaucratique et plus efficace. C’est à ce titre que nous sommes un contributeur majeur à la N.R.F. Nous devons toutefois être vigilants face à certaines évolutions de l’OTAN. Celle-ci doit demeurer une alliance militaire, dont les priorités actuelles sont de réussir les opérations en cours, la stabilisation de l’Afghanistan et du Kosovo. Elle n’a pas vocation à conduire la reconstruction des pays en sortie de crise, qui est un domaine du ressort de l’ONU. Il s’agit de ne pas laisser l’Alliance dériver vers des missions qui ne seraient pas de sa compétence et porterait donc atteinte à sa crédibilité.
L’Union européenne doit maintenant se révéler comme un acteur de premier plan dans la résolution des crises. C’est notre responsabilité et notre volonté. La PESD n’a pas souffert de l’échec du référendum sur la constitution européenne car elle avait anticipé un certain nombre d’initiatives importantes. Je suis déterminée à poursuivre les efforts afin que l’Union européenne devienne un acteur majeur de la scène internationale. 2006 verra la concrétisation de nombreuses initiatives :
- l’état-major de la FGE sera inauguré le 23 janvier prochain ;
- les groupements tactiques 1500 sont désormais une réalité ;
- la cellule de planification et de conduite des opérations sera également activée cette année.
Sur le plan capacitaire, l’Agence européenne de défense a été mise en place il y a à peine un an. Je souhaite qu’elle développe un programme de travail concret et ambitieux, portant sur les défis technologiques de demain que sont notamment les drones et l’espace. Nous poursuivons également notre effort de formation en commun. Rassemblés dans les mêmes écoles ou entraînés ensemble, nos militaires partageront ainsi une vision commune de la Défense européenne. De nombreux projets se concrétisent comme le Collège européen de sécurité et de défense, l’école franco-belge de pilotes de chasse et les écoles franco- allemandes de pilotes de l’hélicoptère Tigre. Nous souhaitons aussi progresser rapidement sur le projet de navire-école européen.
L’Union européenne, puisqu’elle a vocation à devenir un acteur de premier plan de la scène internationale, doit également élargir son champ d’action au domaine civilo-militaire. Elle doit se doter de structures et de procédures propres afin d’intervenir sans délai en cas de grande catastrophe humanitaire.
L’Union européenne devra également développer de nouveaux partenariats. Aux côtés de l’Union africaine, elle peut aider celle-ci à renforcer les capacités africaines de gestion et de prévention des crises. Le modèle RECAMP, élargi en multinational, pourrait en être l’un des programmes porteurs.
Je souhaite aussi que l’Union entreprenne un dialogue stratégique avec le CCEAG sur le modèle du 5 + 5 que nous menons en Méditerranée occidentale, et qui a démontré toute sa pertinence.
Mesdames et Messieurs, en cette période de voeux, je voudrais vous souhaiter une année 2006 de paix et de prospérité. Soyez assurés que la France, du fait de ses responsabilités internationales, continuera à jouer un rôle actif dans leur résolution. Elle continuera en particulier à promouvoir activement l’Europe de la défense afin que les Européens soient en mesure d’assumer leurs responsabilités en matière de sécurité internationale.
Il est important, dans un monde en crise, que nous apportions un message d’espoir et de paix. C’est notre voeu commun, c’est notre responsabilité. Ce sera, si nous y parvenons, notre gloire./.

Dernière modification : 17/01/2008

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