XVIe Conférence des Ambassadeurs (27-29 août 2008)

Extraits du discours d’ouverture de M. le Président de la République (27 août 2008) :

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Discours d’ouverture
du président de la République
(27.08.08) ©F. de la Mure/MAEE

Première rupture : la relation avec les Etats-Unis et l’Alliance Atlantique.

J’ai voulu situer, franchement et nettement, la France au sein de sa famille occidentale, restaurer une relation confiante avec le peuple et les dirigeants américains et rénover notre relation avec l’Alliance Atlantique. Pourquoi ?

Pendant les décennies de contrainte bipolaire, comme pendant la décennie de situation unipolaire, il était juste et souhaitable que notre pays marque sa différence par rapport à Washington. Mais nous sommes entrés, depuis quelques années, dans une période radicalement différente, qui va durer plusieurs décennies et que je qualifierai d’ « ère des puissances relatives ». Non pas que les Etats-Unis aient perdu leurs formidables atouts ; mais l’ascension fulgurante de la Chine, de l’Inde, du Brésil, le retour de la Russie créent une situation nouvelle : aucun pays n’est plus en mesure d’imposer seul sa vision des choses ; les conditions objectives d’un nouveau concert des grandes puissances existent mais celui-ci reste à organiser. Comme reste à inventer le nouvel ordre international dont le monde a besoin pour traiter les problèmes globaux.

Dans cette période de transition, où les repères s’estompent, il m’a paru nécessaire d’affirmer avec netteté où la France se situe et quels sont les valeurs et les intérêts qui, pour elle, sont essentiels.

Je note que plus personne, aujourd’hui, ne dit ou n’écrit que, ce faisant, la France a aliéné sonindépendance ou perdu sa souveraineté. Mais il reste, dans l’esprit de certains, une inquiétude : la France ne risque-t-elle pas de perdre une part de sa marge de manoeuvre ou de voir son image atteinte à travers le monde ?

Je suis convaincu du contraire : la France, me semble-t-il, a gagné en crédibilité ; elle a accru sa marge d’action et sa capacité d’influence à l’intérieur comme à l’extérieur de sa famille.

Dans cette période de transition, où les repères s’estompent, il m’a paru nécessaire d’affirmer avec netteté où la France se situe et quels sont les valeurs et les intérêts qui, pour elle, sont essentiels. Je note que plus personne, aujourd’hui, ne dit ou n’écrit que, ce faisant, la France a aliéné son indépendance ou perdu sa souveraineté. Mais il reste, dans l’esprit de certains, une inquiétude : la France ne risque-t-elle pas de perdre une part de sa marge de manoeuvre ou de voir son image atteinte à travers le monde ?

Je suis convaincu du contraire : la France, me semble-t-il, a gagné en crédibilité ; elle a accru sa marge d’action et sa capacité d’influence à l’intérieur comme à l’extérieur de sa famille.

Le Sommet de l’Otan de Bucarest, en avril dernier, en a offert un parfait exemple : pour la première fois depuis la création de l’Alliance, le Président des Etats-Unis a apporté un soutien public, clair et net, au projet de Défense européenne ; il l’a fait parce qu’il était convaincu qu’en portant ce projet, la France ne souhaitait pas affaiblir l’Alliance Atlantique, que les deux étaient complémentaires et non antagonistes. Les autorités polonaises et d’autres réputées « atlantistes », pour la même raison, ont exprimé leur soutien à notre approche.

La crise en Géorgie a montré, pour la première fois, que l’Europe pouvait, si elle le voulait, se porter en première ligne dès le début d’un conflit pour rechercher une solution de paix. La mission première de l’Union n’est-telle pas d’assurer la paix et de protéger les Européens ? Ce qui est en cause dans ce conflit est absolument essentiel. Son issue déterminera pour longtemps la relation de l’Union avec la Russie. Pour les Européens, il ne peut y avoir et il n’y aura de solution que fondée sur le droit ; sur un dialogue incluant toutes les parties prenantes ; enfin sur le respect de la souveraineté, de l’indépendance et de l’intégrité territoriale de la Géorgie dans ses frontières internationalement reconnues.

L’accord de cessez-le-feu en 6 points du 12 août qui porte la signature du Président Medvedev, celle du Président Saakachvili, et la mienne, doit être appliqué en totalité. Les forces militaires qui ne se sont pas encore retirées sur les lignes antérieures au déclenchement des hostilités doivent faire mouvement sans délai. Le mécanisme international qui doit remplacer les patrouilles russes autour de l’Ossétie du Sud doit être déployé rapidement. Les discussions internationales, prévues au point 6 de l’accord, sur les modalités de la sécurité et de la stabilité en Abkhazie et en Ossétie du Sud doivent s’ouvrir dès que possible. Dans ce contexte, l’Union européenne a fermement condamné hier la décision de reconnaissance par la Russie de l’indépendance de ces deux territoires. Cette décision qui vise à un changement unilatéral des frontières de la Géorgie, est tout simplement inacceptable.

Plus fondamentalement, il nous a fallu en Europe des siècles d’affrontements et deux guerres mondiales pour comprendre que la paix et la prospérité se construisent avec des voisins dont les intérêts sont respectés et pris en compte. Cette démarche, c’est celle que l’Europe propose à la Russie et à tous les Etats européens non membres de l’Union : ensemble nous pouvons bâtir un avenir de paix et de prospérité partagées.

(…)

Personne ne souhaite en revenir au temps de la guerre froide. L’OTAN n’est pas un adversaire mais un partenaire de la Russie. Quant à l’Union européenne, elle a la volonté de construire avec ce pays une relation dense et positive. Il appartient aujourd’hui à la Russie de faire un choix fondamental. La France, avec ses partenaires de l’Union, a démontré par ses initiatives combien elle souhaitait que ce choix soit celui de l’entente et de la coopération, celui du respect des principes de la charte de l’ONU et de l’OSCE. Le Conseil européen du 1er septembre sera l’occasion pour les 27 pays de l’Union de définir une ligne commune sur ce dossier essentiel.

(…)

Notre présence militaire, décidée à juste titre dès 2001, a été renforcée. La France joue tout son rôle, avec ses Alliés européens -25 des 27 membres de l’Union-, américains, canadiens, turcs, pour stabiliser ce pays et pour empêcher le retour au pouvoir d’un régime allié à Al Qaïda. Ce renforcement, nous l’avons décidé dans le cadre de la nouvelle stratégie des Alliés, définie à l’initiative de la France au sommet de Bucarest. Elle reste valable : un engagement dans la durée ; une approche globale, civile et militaire, avec une coordination accrue de l’aide ; la nécessaire coopération du Pakistan ; mais surtout la prise en charge progressive par les Afghans eux-mêmes de leurs responsabilités de sécurité. C’est à mes yeux l’objectif prioritaire car c’est la première condition d’un succès dans la durée. Dans la région Centre, celle de Kaboul, c’est la France qui, depuis ce mois d’août, est chargée d’organiser, dans un délai maximum d’un an, ce transfert de responsabilités au profit de l’armée afghane. Dès demain, 28 août, la sécurité de la ville de Kaboul lui sera confiée.

Certains disent : il faut mettre l’accent sur la reconstruction. C’est ce que j’ai fait : notre aide civile a été doublée. Notre pays a organisé en juin dernier une conférence de soutien à l’Afghanistan qui a été un succès remarquable puisqu’elle a rassemblé quelque 20 milliards de dollars d’aide pour les prochaines années.

Bien sûr la situation reste difficile et dangereuse. Mais mesurons les progrès accomplis : des

institutions démocratiques avec de nouvelles élections en 2009/2010 ; la scolarisation de près de 6 millions d’enfants contre 800 000 en 2001 ; un système de santé qui a permis de réduire la mortalité infantile d’un quart : ce sont 40 000 enfants sauvés chaque année ; dans tous les domaines, un progrès sans précédent de l’égalité entre hommes et femmes ; des infrastructures restaurées ; 4000 kilomètres de routes construites… Qui croira que tout ceci aurait été possible sans notre présence militaire ?

Quelle serait l’alternative ? Un retrait militaire serait suivi du retour des Talibans et d’Al Qaïda, et sans doute de la déstabilisation du Pakistan voisin. Ce n’est pas concevable. Soyons clairs : la France, membre permanent du Conseil de Sécurité, assumera ses responsabilités. Elle ne cèdera pas aux terroristes. Elle les combattra, partout où ils se trouvent, avec la conviction que le peuple afghan, appuyé par ses alliés, l’emportera sur la barbarie et pourra progressivement y faire face par lui-même.


Lire le discours dans son intégralité

Dernière modification : 28/08/2008

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