conférence de presse de MM Sarkozy, Cameron et Abdel Jalil

CONFÉRENCE DE PRESSE CONJOINTE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, NICOLAS SARKOZY, DU PREMIER MINISTRE DU ROYAUME-UNI DE GRANDE-BRETAGNE ET D’IRLANDE DU NORD, DAVID CAMERON ET DU PRÉSIDENT DU CONSEIL NATIONAL DE TRANSITION LIBYEN, MOUSTAFA ABDEL JALIL

- PROPOS DE M. SARKOZY -

(Tripoli, 15 septembre 2011)

(…)

Je voudrais dire d’abord combien Alain Juppé et moi-même, au nom de la délégation française, sommes touchés par l’accueil du peuple libyen. Naturellement, l’engagement aux côtés du peuple libyen n’est pas terminé. Tant que la paix sera menacée, la France restera à vos côtés. Par ailleurs, M. Kadhafi doit être arrêté et tous ceux qui sont inculpés par les juridictions internationales doivent rendre des comptes sur ce qu’ils ont fait. Nous appelons tous les pays ayant sur leur sol des personnes recherchées à travailler avec les instances internationales pour que chacun ait à rendre des comptes sur ce qu’il a fait.

La France est très attachée à l’unité de la Libye à la réconciliation des Libyens. La France dit à ses amis libyens « regardez l’avenir ensemble, pas de vengeance, pas de règlement de compte, le respect des règles de droit ». Mais pour que le pardon puisse être apporté par chacun, il faut que chaque Libyen sache que ceux qui ont commis des crimes ou qui ont volé le peuple libyen auront à rendre des comptes. Il ne peut pas y avoir de pardon s’il y a le sentiment de l’impunité.

Enfin, avec David Cameron je voudrais dire combien la France est heureuse et fière d’avoir travaillé main dans la main avec ses amis anglais.

Nous avons dit au CNT que nous avons été parmi les premiers à reconnaître que leur revendication, la reconnaissance du siège de la Libye à l’Assemblée générale des Nations unies, est juste et que nous les soutiendrons. Nous avons dit également au CNT que c’est aux Libyens de construire l’avenir et de choisir leurs dirigeants, ce n’est en aucun cas à nous. Mais nous comptons sur nos amis du CNT pour conserver leur unité qui est le bien le plus précieux pour eux et pour faire en sorte que cette unité permette la période de transition, les prochaines élections et la prochaine Constitution.

Enfin, je voudrais dire au peuple libyen qu’il peut compter sur l’amitié et l’admiration du peuple français. Je pense à des villes martyres, notamment Misrata, et au courage de ces jeunes Libyens qui se sont libérés au péril de leur vie. Nous serons à leurs côtés pour que la Libye reste unie, qu’elle retrouve toute sa place et que l’avenir des jeunes Libyens puisse se construire en Libye, et que pas un seul jeune Libyen n’ait à se dire que son avenir est à l’extérieur de son pays. Nous avons en commun la Méditerranée, nous avons un destin en commun et ce que nous sommes en train de construire, cela vaut pour la Libye et pour tous les peuples arabes dans le monde qui voudront se libérer de leurs chaînes. La France et l’Europe seront à leurs côtés pour la paix, pour la démocratie et pour le progrès économique. Je crois que ce message est à proprement parler un message pour le XXIème siècle. C’est le sens de l’histoire qui va vers la paix et le rassemblement et qui ne va pas vers la guerre et l’affrontement. Je vous remercie.

Q - Dans le cadre de l’assistance française et britannique pour la Libye, quelles sont les mesures qui seront prises par le CNT ? Est-ce que la France et la Grande-Bretagne seront aux côtés du peuple libyen dans la paix, comme elles ont été au côté de la Libye en temps de guerre ?

R - C’est un sujet très important. Naturellement, la France ou la Grande-Bretagne, je l’imagine, sera au côté de la Libye dans la paix et dans la reconstruction. Mais je voudrais dire à l’ensemble des opinions publiques arabes qui nous écoutent qu’il n’y a eu aucun accord, qu’il n’y a eu aucun dessous de mains quant aux richesses de la Libye. Nous ne demandons aucune préférence et aucun passe-droit. Nous avons fait ce que nous avons eu à faire, parce que nous pensions que c’était juste et parce que le monde n’a pas besoin d’un affrontement entre l’Occident et l’Orient. Ce que décidera le gouvernement libyen sera bien et s’il veut faire confiance à nos entreprises, nous en serons très heureux. Mais qu’il le fasse comme on fait dans tous les États de droit : avec des appels d’offre. C’est la meilleure récompense que pourra nous adresser la Libye, que de se comporter comme un État de droit.

Quant aux documents qui ont été publiés par une certaine presse, ce sont des faux. C’est une manipulation et jamais, ni le Premier ministre Cameron, ni le Premier ministre libyen, ni le président du CNT, ni moi-même, n’avons procédé à quelque calcul de la sorte. Cela devait être dit, pour que les opinions arabes sachent que les dirigeants du CNT ont conduit une révolution juste et que la coalition s’est engagée parce qu’elle croyait que cette révolution était juste.

Q - Monsieur le Président, vous êtes, avec votre homologue, les deux premiers dirigeants à venir en Libye libre. Six mois presque jour pour jour après le début des frappes, quels sont vos sentiments après avoir essuyé beaucoup de critiques et est-ce que vous pensez que les frappes de l’OTAN vont durer encore longtemps ?

R - Les frappes de l’OTAN, comme l’a dit David Cameron, continueront tant que les dirigeants de la Libye libre considèreront que les Libyens sont en danger. Il y a un travail à faire, ce travail doit être mené à son terme, avec patience et détermination. Je voudrais rendre hommage aux militaires de la coalition et notamment aux soldats français et anglais, parce que notre obsession a été d’éviter les victimes civiles, à faire en sorte qu’il n’y ait pas, comme l’on dit, de dommages collatéraux. Si nous sommes là depuis six mois avec nos avions et nos hélicoptères, c’est justement parce que notre obsession a été de protéger les femmes, les enfants, les civils ; alors même que M. Kadhafi et ses séides utilisaient des hôpitaux et des écoles. Le président Jalil a eu raison de le dire, M. Kadhafi a de l’or, de l’argent détourné des Libyens ; il est donc un danger ; il y a donc un travail à terminer.

Nous avons essuyé des critiques ; c’est normal dans une démocratie. Quand nous avons fait la première réunion avec Alain Juppé et François Fillon à Paris, il y avait 21 pays ; quand nous avons fait la seconde réunion, il y avait 63 pays ; et si nous la faisions aujourd’hui, on serait plus nombreux encore. Alors regardons l’avenir. Vous savez à quoi je pensais en me promenant dans les rues de Tripoli ou dans les couloirs de cet hôpital ? Je rêve qu’un jour les jeunes Syriens aient la même chance que celle que connaissent aujourd’hui les jeunes Libyens et qu’un jour, eux aussi, puissent dire : « la démocratie, la révolution pacifique, c’est pour nous ». Alors peut-être que le mieux que je puisse faire, c’est de dédier notre visite à Tripoli à tous ceux qui espèrent que la Syrie pourra un jour être aussi un pays libre.

(…)

Q - Une question au président Abdel Jalil et au président Sarkozy : un certain nombre de proches du colonel Kadhafi se sont réfugiés au Niger. Est-ce que des discussions et des contacts ont été pris entre le CNT et ces personnalités et est-ce que vous craignez que certains pays africains ne soient prêts à accueillir ou à offrir l’asile au colonel Kadhafi ?

(…)

R - Alain Juppé et moi-même aurons les responsables du Niger. Je veux dire que nous leur faisons confiance, que la dernière élection présidentielle au Niger était une élection démocratique qui a marqué un grand progrès pour ce pays et nous n’avons aucune raison de douter du respect du droit international par les dirigeants du Niger.

Le président du CNT nous a demandé d’intervenir, cela sera fait demain. Il faut que tous les dictateurs du monde comprennent que dans le monde du XXIème siècle, il n’y aura pas un endroit où ils pourront s’assurer de leur impunité. L’impunité, c’est fini.

Je vous remercie./.


Mis à jour : 21.09.11

Dernière modification : 18/10/2011

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